J.F. Deniau et F.Hollande

J’avais un profond respect pour Monsieur Jean-François Deniau, « le contraire d’un intellectuel de cabinet  » comme le fait remarquer Jean d’Ormesson dans son article du Figaro.fr. (1), « Un aventurier dans le bon sens du terme » selon Roland Dumas, cité dans un article de l’Express (2).

Mais c’est François Hollande qui rend ma journée délicieuse et compense en partie mon chagrin de voir partir un grand Monsieur ; car dans le même article de l’Express il est cité deux fois :

« Jean-François Deniau a été un parlementaire qui a toujours su s’élever au niveau de l’intérêt général » dit-il tout d’abords.

S’élever au niveau de l’intérêt général ! Il faut être François Hollande pour sortir une telle ânerie …

Sans doute aurait-il pu dire « Qui a toujours su dépasser ses intérêts particuliers », ce qui aurait été vrai dans le cas de J.F. Deniau et lui aurait rendu un hommage mérité. Mais François Hollande est de gauche, un monde dans lequel on ne parle d’intérêts particuliers que pour fustiger l’horrible capitalisme libertaire, mondialiste et pollueur. Il parle donc de « s’élever au niveau de l’intérêt général » !.

Soyons clairs, je n’ai rien contre l’intérêt général et je sais même qu’il est la fondation nécessaire de toute culture, de toute civilisation. Sans le respect de l’intérêt général, il n’existe évidemment pas de société pérenne et si certains ont utilisé cette notion comme le radier de leurs petites dictatures plus ou moins dramatiques et toujours affligeantes, l’intérêt général reste le postulat de base de toute société.

Mais peut-on « s’élever » en restant au niveau de l’intérêt général ?

Arnold Tynbee, dans sa volumineuse « Etude de l’Histoire » (3), développe l’idée que l’histoire des civilisations est une succession de défis et de solutions. Sa thèse, si j’ose en interpréter un seul des éléments, implique que les « minorités créatrices » après avoir achevé le renouveau par une révolution (technique ou bien sociale) accèdent immanquablement aux pouvoirs (politiques ou financiers). Après avoir lutté contre les plus conservateurs pour imposer un nouvel « intérêt général », ces minorités deviennent donc à leur tour garantes du nouvel intérêt général, qu’elles ont défini par et pour elles-mêmes.

L’intérêt de cette idée pour notre sujet est qu’elle implique que l’intérêt général n’a rien de stable et qu’il serait plutôt la résultante d’intérêts bien particuliers ; résultante éphémère puisqu’elle sera bientôt renversée par de nouvelles minorités créatrices, les « barbares extérieurs » chers à Toynbee.

Mais pour François Hollande, et pour la gauche en général, l’intérêt général est une sorte de culte dont on se fait seul garant. Pas une seconde il ne viendait à l’idée de cette catastrophique bourgeoisie bien pensante (car il s’agit bien de cela n’est-ce pas ? Le PS comme rassemblement de bourgeois politiquement corrects, gardiens de la bonne parole sociale et des avantages acquis), pas une seconde, donc, ils ne leur viendraient à l’idée que Jean-François Deniau était grand justement parce qu’il dépassait largement le contexte de l’intérêt général immédiat.

Oui, Monsieur Deniau était un aventurier ! Un marin pour lequel l’important n’était pas l’escale, mais bien la traversée. Un homme extraordinairement libre de toute pensée toute faite. Un combattant ? Sans aucun doute, mais pour qui le combat n’allait jamais dans le sens de la fadesse d’un statu quo, d’une pensée unique.

Non, Monsieur Hollande, on ne devient pas Jean-François Deniau en restant au niveau de l’intérêt général, mais en le repoussant au contraire au delà de ses propres limites. En questionnant toujours l’acquis.

Mais le vrai bonheur viens de la deuxième citation du père François :

« Je crois qu’il a aussi marqué son talent par l’écriture de livres qui révélaient que l’on peut être politique et en même temps inspiré »

« On peut être politique et en même temps inspiré » !!!!

Eh oui François, on peut. Bon d’accord, ce n’est pas ton cas ni celui de ta charmante, mais je t’assure qu’on peut.

Peut-être suffit-il pour cela de dépasser le niveau de l’intérêt général, justement.

(1)http://www.lefigaro.fr/france/20070125.FIG000000117_adieu_a_un_ami.html

(2) http://www.lexpress.fr/info/infojour/reuters.asp?id=35951&1837

(3) A Study of History – Oxford Univeristy Press (1934)

2 Réponses à “J.F. Deniau et F.Hollande”


  • J’aimais beaucoup JF Deniau dont j’appréciais la language, sans jamais l’avoir lu, mais seulement écouté.

  • Je l’avais croisé un soir, lors de l’entrée de Florence Arthaud au Musée Grévin. Il sortait d’une de ses nombreuses attaques et marchait péniblement avec une canne. J’ai passé quelques minutes avec lui et une chanteuse qui fut connue (je ne sais plus qui – c’est l’âge). Ce dont je me souviendrai toujours, c’est de son extraordinaire puissance vitale. Quand on a un type comme ça devant soit, qu’on parle cinq minutes avec lui, non seulement on se sent intelligent, mais en plus, on a envie de le rester.

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