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Archive journalière du 30 jan 2007

Barbares extérieurs ?

Selon Expression-publique.com (1) – qui publie un sondage sur les grandes religions – 47% des sondés auraient une opinion « très mauvaise » de l’Islam et 31% en aurait une image « plutôt mauvaise », soit 78% d’opinions négatives.

On dira bien sûr que le Français est raciste, xénophobe et que l’islamophobie fait rage, ce qui n’est peut-être pas entièrement faux … Mais je note dans le même sondage que 48% des sondés ont une opinion « très bonne » ou « plutôt bonne » de la religion juive, ce qui retire un certain poids à cette critique trop entendue…

(Pour la religion catholique, les résultats sont respectivement 13% et 26%, contre 56% d’opinions positives)

Les sondages sont dangereux, on le sait ; 6261 avis, avec ou sans considération de répartition socioculturelle, sont une base peu crédible d’une analyse exhaustive de la situation et je me garderai bien de tirer des conclusions aussi péremptoires que Résiliencetv (2) quant à la « nécessité d’une fermeté absolue vis-à-vis de l’Islam », même accompagnée d’une « certaine pédagogie » ; approche que je considère un tant soit peu paternaliste.

La question reste pourtant inévitable, au-delà de chiffres toujours discutables, l’Islam attire la haine et sa mauvaise image dépasse toute référence à l’intégrisme pour se faufiler jusqu’à nos chers comptoirs de cafés du commerce. Peut-on imaginer pourquoi ?

Sans doute faut-il dire avant d’aller plus loin que j’ai étudié l’arabe à l’Université Américaine du Caire ; que quelques doctes musulmans d’Egypte et du Liban ont bien voulu partager avec moi une partie de leur immense connaissance du Coran et m’introduire aux hadiths authentiques (sahih) d’El Bukhari, ainsi qu’à d’autres moins « solides », voire carrément « mardud »(irrecevables) – l’équivalent ou presque de nos évangiles apocryphes ; que, bien que français et athée, j’ai longtemps porté le keffieh palestinien dans les rues de Jeddah ou de Kuwait City ; que je préfère Naguib Mahfouz ou Ibn Khaldoun à Michel Houellebecque ; et que tout ceci ne fait pas de moi, a priori, un islamophobe anti-arabe primaire. Mais assez parlé de moi…

Pourquoi donc sont-ils donc tant haïs mes chers amis d’Orient ? Pourquoi ais-je donc si envie de leur dire « Merde » dès qu’ils me parlent du Coran ou de « Jihad interne » ? Parce que je suis athée ? Loin s’en faut, et je n’ai pas cette réaction avec la plupart des catholiques, même de gauche…Quant à mes amis juifs, je les questionne trop souvent sur Maimonide pour qu’ils osent me saouler avec les mitzvots ou la circoncision.

Sans aller jusqu’à Sirius, il me faut, pour comprendre, observer cette « réticence » générale plutôt que d’y participer, tenter de m’éloigner de ma pensée toute faite. Est-ce seulement possible ?

Je citais dans un post récent le merveilleux Toynbee ; j’aurais pu citer William Durant, auteur d’une non moins volumineuse « Histoire des Civilisations ». Leurs thèses sont différentes, mais elles ne se contredisent pas sur un point fondamental : les civilisations sont éphémères ! Mieux, elles DOIVENT être éphémères, semblent-ils dire tous deux.

Ils ont raison. Non que l’on soit dans un contexte perpétuel de « Choc de Civilisations » (à la Huntington), mais parce que l’humanité ne possède pas à ce jour toutes les réponses à toutes les questions, et que la quête ne peut donc s’arrêter. C’est pour cela que la « fin de l’histoire » imaginée par les Hegel, Kojève, Marx, ou autres Fukuyama, ne peut être vraie. Elle ne tient pas debout.

Nous sommes sur une bicyclette.

L’aura-t-elle jamais cette réponse définitive ? Sans doute pas, malgré les espoirs « omégaesques » d’un Teilhard de Chardin, ou les 512 questions / réponses de sa sainteté Thomas d’Aquin (que je cite un peu trop souvent ces temps-ci). Mais elle la cherche cette réponse ! Elle est prête à perdre la vie (certains même la raison !) pour cette seule réponse.

Il m’apparaît même comme fondamental qu’elle continue à la chercher. Comme pour Deniau (voir mon post du 25 janvier) l’important n’est pas l’escale, mais bien la traversée. Je ne suis donc pas de ceux qui défendront ad vitam aeternam (que je ne vivrai pas) le terrible système occidental de la démocratie et du libéralisme. Mais je suis de ceux, qui, à l’instar du vieux Churchill, diront que, pour le moment tout du moins, il n’existe pas d’autres possibles.

La civilisation occidentale, si elle existe, repose sur ces deux idées pas totalement réalistes que sont la Liberté et la Démocratie. Belles idées des lumières et d’avant qui permettent tout du moins à ceux qui le désirent d’aller un peu plus loin que ce que dit le chef. Terrible responsabilité que ce stade adulte dans lequel tout ne repose plus sur la seule décision du père !

L’Occident se croit adulte et n’est pas loin de l’être pour les plus optimistes. L’Orient (et l’Occident) de l’Islam semble ne pas vouloir accepter cette énorme responsabilité d’Homme, et l’expérience qu’il ressent au plus profond de lui-même quant aux relations avec ledit monde libre et libéral ne peut l’aider à y souscrire.

Oui, je citerai pour sa défense les croisades, le colonialisme, et même Coca-Cola, Kentucky Fried Chicken ou la pornographie…

Non je ne tomberai pas dans l’absurde repentance sur tous ces sujets-là (quoique KFC ….), mais je comprends l’attitude du jeune arabo ou non-arabo-musulman pour qui notre très joli monde n’est pas la panacée, surtout lorsqu’il en est exclu.

Mais revenons à Toynbee et à ses « barbares extérieurs ». Malgré le terme employé, il ne s’agit pas pour Toynbee d’opposer quelques furieux sauvages au monde propret et distingué qu’ils souhaiteraient détruire. Il s’agit au contraire d’éléments extérieurs capables d’apporter de nouvelles dynamiques à la civilisation moribonde et c’est par dérision pour l’ancienne bourgeoisie que Toynbee semble utiliser ces mots. Cet angle conforte bigrement cette « France multiple » avec laquelle on nous assomme, mais justifie réellement l’apport du sang nouveau et du nouvel esprit ; plutôt que de nous ennuyer béatement avec une nécessaire acceptation de la polychromie.

Les « barbares extérieurs » seraient donc un atout pour Toynbee. Je souscris à sa thèse et ne la limite pas à notre équipe de foot.

Mais Toynbee parle de barbares progressistes ! Des barbares qui acceptent dans un premier temps le système qu’ils intègrent (le mot est dit), puis en constatent les failles dès lors qu’ils ne peuvent en jouir en égaux, tentent enfin de l’adapter au fait de leur présence et le font progresser. Durant ne décrit pas autre chose lorsqu’il raconte le passage de la Grèce à Rome, passage dans lequel les Romains tiendraient lieu de barbares.

On est clairement loin de ce scénario dans le cas de l’Islam : marquer sa différence, son identité, par tous les moyens possibles ; clamer la supériorité manifeste de sa loi, de son Dieu, refuser tout symbole de l’autre, le vouer à la géhenne, et puis se dire victime, en tout lieu et en tout temps, le tout en clamant haut et fort sa propre tolérance, qu’il faut prendre pour exemple. « Rompre, c’est avant tout changer et non améliorer » dirait ici notre cher Gai Luron.

Oui, je sais qu’il existe une très large majorité de musulmans qui ne fait rien de tout cela. Mais ce sont bien ceux qui le font dont on parle et ceux-là sont partout.

Je ne sais pas si le Prophète Mohammed n’était qu’un guerrier polygame tel que le décrit Redecker. Je ne le crois pas vraiment, mais peu m’importe après tout.

Je sais par contre que le Coran n’est pas un livre de paix, malgré toute la miséricorde d’Allah, confirmée à longueur de sourates.

Le Coran ne peut être considéré comme pacifiste et tolérant par quelqu’un qui le lit et les musulmans eux-mêmes paraissent souvent n’en retenir que son aspect guerrier.

Je sais surtout qu’un livre, même celui-là, est surtout ce qu’en font ses lecteurs et ce qu’en font les barbus n’en fait pas un exemple.

Ils veulent détruire la civilisation de l’occident ? Elle n’est pas éternelle. Ils veulent la convertir à leur Vérité ? Elle non plus n’est pas éternelle.

Mais c’est parce que leur proposition s’oppose totalement aux deux concepts de liberté et de démocratie et place l’homme (et la femme) dans une servitude à l’égard de l’indicible que je ne peux, moi Haliotoïde, souscrire à leur proposition.

Comprends-moi bien, Stéphanie, qui t’exprime sur le blog de Gai Luron et échange avec ta sœur « musulmanne-française » (sic) des propos qui mélangent un peu tout, si tu veux porter le voile à l’école ou au travail par souci de TON identité, je serais finalement le premier à venir te soutenir, te défendre, mais si je soupçonne un seul instant que ton père, ton frère, ton oncle ou ton cousin t’y pousse ou t’y contraint, si je pense que ton interprétation du Livre se limite à tes complexes d’adolescente, alors j’aimerais, si je ne respectais pas autant ta pudeur et ton identité de femme, oui, j’aimerais vraiment être celui qui le déchirera le premier.

Nous sommes sur une bicyclette ais-je dit.
Et sur une bicyclette, il convient de pédaler.
Si l’on s’arrête, on tombe.
Sauf dans les descentes …

(1) http://www.expression-publique.com
(2) http://www.resiliencetv.fr




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