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Archive journalière du 28 fév 2007

Dollar, Tulum et tequila

« Le tourisme est au voyage ce que la prostitution est à l’amour ». Cette phrase de Paul Valéry me revient en mémoire pendant ce séjour mexicain organisé pour des raisons familiales.

Tulum

Qui ne rêverait d’oublier la grisaille d’un mois de février parisien sous le soleil du Yucatan ? Qui ne jouirait du souvenir lointain de tous ces êtres souterrains de la station Cambronne en contemplant la mer des Caraïbes ? Qui ne rirait de la vague mémoire de ternes citadins parapluités en contemplant les brochettes de fesses s’offrant au dieu Soleil ?

Mais si l’on observe ces masses rougeoyantes de gogos ventripotents qui pissent leurs dollars sur d’ignobles objets d’artisanat local, si l’on contemple le flot de callipyges anglophones qui s’émerveille à l’idée d’une civilisation pré-mayfloweresque et se rassure sur sa provenance devant quelque hamburger très international, alors on se prend à rêver des voyages d’antan, où un David Roberts n’avait pour tout appareil numérique que le talent de ses pinceaux, où un Comte de Volnay pouvait écrire son « Voyage en Egypte et en Syrie » sans disposer du Guide Bleu ni de café internet, et où un Liszt composait ses « Années de pèlerinage » sans fond sonore techno.

Nostalgie ? Oui, sans doute. Mais mon sentiment est plus violent que cette nostalgie de quinquagénaire grisonnant et c’est bien le dégoût qui me submerge chaque fois que l’odeur d’une crème solaire vient croiser celle du sable chaud ou celle (plus fréquente dans mon cas) d’un double Mojito.

Entendons-nous, ce pays est magnifique et son peuple est sans aucun doute l’un des plus agréable qu’il m’ait été donné de rencontrer lors de mes quelques périples dans des contrées lointaines. Le peuple maya n’est pas beau, les femmes sont des mètres cubes (1m x 1m x 1m), les hommes sont si petits que Sarkozy passerait chez eux pour un grand homme, mais leur sourire est vrai, leur gentillesse totale et le respect qu’ils ont pour leur pays n’a pas ce côté national et borné que nous proposent le FN et son chef.

Des vestiges de Tulum aux fonds marins de Yal-ku j’ai vu ici des choses à vous couper l’envie d’aller plus loin. Même le cauchemar probable d’un parc écologique (celui de Xcaret) m’est apparu comme un exemple intelligent d’intégration des thèmes locaux aux besoins du voyageur pressé. C’est propre, mais ce n’est pas que propre, je veux dire pas de cette propreté suisse ou bien pensante dont rêve nos élus parisiens. C’est cher, mais qui aime ne compte pas dit-on, et je n’ai pas compté, parce que je ne payais pas. C’est beau tout simplement, comme l’est tout ce qu’ils appellent la « Riviera Maya ».

Elle s’étend de Cancun à Tulum. Je devrais dire « de Tulum à Cancun » pour respecter l’ordre chronologique plutôt que cardinal, mais c’est bien par Cancun que l’on arrive maintenant, plutôt que par Tulum ou Cozumel, première étape de Cortés dans sa conquête vers Mexico City.

Cancun veut dire « pot d’or » en maya et ce n’est certainement pas par hasard que ses promoteurs ont choisi un nom aussi évocateur (la ville n’existait pas dans les années 70) ; la fonction première de Cancun est d’attirer le dollar, et c’est sa seule fonction. Passons donc sur Cancun.

Playa del Carmen est un peu plus au sud, sorte de Saint-Trop latino-américain, moins outrageant que Cancun, qui se déploie progressivement sur d’immenses plages de cocotier. Les hippies et la marijuana furent les premiers à s’installer ici au milieu des mayas, et il en reste quelques souvenirs discrets le long de la Quinta, sous forme de boutiques un peu népalisantes. C’est sympa, assez cool et plutôt reposant. Pour ceux qui ne craignent pas de se séparer de leur télévision et de leur téléphone (il n’y en a pas dans les chambres) l’hôtel « Shangri la Caribe » est une bonne solution. L’accueil, assuré par ma fille, y est un vrai délice et la plage un régal.

En face de Playa s’étend l’île de Cozumel. Les américains n’hésitent pas à se laisser vomir ici par d’immenses paquebots à forfaits-tout-compris. Je n’y suis pas allé ; parfait exemple d’une relation de cause à effet. Il paraît cependant qu’on y trouve l’une des meilleures plongées du monde, ce qui laisse donc le choix entre une apnée terrestre au milieu des T-shirts Corona (la bière) et une apnée marine au milieu des poissons de récif. Est-ce vraiment un choix ?

J’ai évoqué Tulum, sans dire que ce petit temple est situé au bord d’une plage magnifique et que le site est tout simplement époustouflant. Beaucoup de monde pourtant, même assez tôt le matin, et il est presque impossible de prendre la photo dont on rêve, celle de l’édifice principal avec la mer pour arrière-plan (j’ai essayé, mais la barrière humaine m’y a fait renoncer).

Une anecdote : un couple canadien a ri ici de mon accent français « Avec un accent pareil, vous devez être français non ? ». Où va le monde ?

A Cancun peut-être, c’est donc ailleurs que j’irai.




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