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Archive journalière du 10 mar 2007

Le ministère nécessaire de Monsieur Sarkozy

Pour quelques raisons que certains qualifieraient de floues, je ne suis pas sarkoziste, pour d’autres raisons, que je qualifierais de raisonnables, je n’aime pas le parti socialiste français. Je fais donc partie de ce nombre indécis d’indécis pour qui Bayrou représente une possibilité plutôt viable. Quant à ma position vis-à-vis du Front National, elle a du moins le mérite d’être tranchée : je n’aime pas ces gens-là, le populisme de leur chef ni l’archaïsme de leurs idées xénophobes.

Cette note personnelle me permettra je l’espère d’éviter tout du moins un reproche : celui d’un quelconque aveuglement pro-sarkoziste et certains de mes méfaits littéraires, disponibles sur ce blog, conforteront les plus réticents sur le fait que je ne suis pas un raciste primaire.

Mais lorsque j’entends Messieurs Bayrou, Hollande et tous les autres lever cet incroyable tollé sur la proposition d’un Ministère de l’Identité Nationale et de l’Immigration, faite par Monsieur Sarkozy jeudi soir devant les caméras de France 2, je ne peux que réagir et faire appel au peu de bon sens qui me reste.

Ecoutons-les rapidement :

- Monsieur François Bayrou : « Que l’on ait un Ministère de l’Immigration, pourquoi pas. Mais enfermer dans la même phrase immigration et identité nationale, il y a là une frontière franchie »
- Madame Marie-George Buffet : « Réveiller ainsi l’époque de Vichy pour mieux donner des gages aux thèses xénophobes et racistes du Front national est indigne d’un candidat républicain à l’élection présidentielle »
- Monsieur François Hollande : « Je crains vraiment que dans cette campagne, Nicolas Sarkozy soit dans un flirt poussé avec les thèses du Front national », « s’il s’agit de contrôler les flux migratoires, le ministère de l’Intérieur y suffit. S’il s’agit d’assurer l’intégration, le ministère du Travail qui est responsable de la population y suffit »
- Madame Ségolène Royal : « Je trouve assez ignoble de faire cet amalgame entre l’identité française et les travailleurs immigrés, étrangers qui viennent ici pour contribuer à la croissance économique et qui, je le rappelle quand même, viennent à la demande des entreprises »
- Monsieur Jacques Lang : Tiens, je ne l’ai pas entendu celui-là, étonnant !
- Monsieur Faouzi Lamdaoui, secrétaire national à l’Egalité du PS : la proposition de créer ce nouveau ministère « stigmatise l’immigration comme une menace pour la culture française »
- Monsieur Mouloud Aounit, Président du MRAP : Nicolas Sarkozy « menace la cohésion nationale », il « libère la parole et l’idéologie racistes, il menace gravement la cohésion nationale, il fait ainsi un choix de société, celui du rejet de l’autre, dans une logique de division incendiaire »
- etc…

« Bon appétit, Messieurs ! », dirait Ruy Blas devant ces grands « intègres », devant ces « morsures d’affamés sur un vaisseau perdu » (1).

Car de quoi s’agit-il ? Monsieur Sarkozy s’en explique lui-même, laissons le donc parler un court instant :

« La France, ce n’est pas une race, la France ce n’est pas une ethnie. La France, c’est tous les hommes qui l’aiment, qui sont prêts à défendre ses idées, ses valeurs, à se battre pour elle. »
« A ceux qui veulent vivre en France, nous voulons offrir la fierté d’être Français. »
Et puis ce fulgurant :
« Comment voulez-vous faire de l’intégration sans parler de qui nous sommes !? »

Le débat est posé, répondons-y.

Et commençons par une définition, celle de l’identité nationale. Dans un ouvrage publié en 2004 chez Odile Jacob (2), Samuel Huttington la définit comme « le sentiment de lui-même éprouvé par un individu ou un groupe ». L’identité résulte de la conscience de soi, dit-il, du sentiment de constituer une entité individuelle ou collective. Cette conscience peut être plus ou moins « salliante » en fonction de l’importance que l’individu ou le groupe accorde à cette identité et dépend largement de la « substance » de cette identité, c’est-à-dire de ce que l’individu ou le groupe possède en propre ou en commun et qui le différencie des autres individus et des autres peuples. J’adhère à cette définition.

La France possède une identité propre, n’en déplaise à certains. Cette identité se fonde sur certaines « valeurs » que sont les notions de démocratie, de liberté, d’égalité, de fraternité (Ségolène, jamais à court d’une « bravitude », parle quant à elle de « sororité » !) et de laïcité. « L’identité française n’est pas un gros mot », dit Monsieur Sarkozy, je n’en vois pas dans cette définition.

Ajoutons que la France a cette noble attitude de se considérer comme un pays d’accueil et qu’elle en fait part intégrante de son identité. La France, donc, ne se définit jamais comme une « race », une « ethnie », et encore moins comme une « religion ».

On entend parfois dire que ces valeurs sont universelles ; elle le sont dans ce sens qu’elles devraient sans doute l’être. Mais reconnaissons que ce n’est pas le cas et je ne crois pas qu’un être humain sur dix puisse se targuer d’en bénéficier sereinement. C’est peut-être pourquoi nous attirons effectivement plus d’immigrés que d’autres, la Sécurité Sociale et les Assedic ne pouvant justifier à eux seuls cet engouement général pour notre beau pays.

Je mettrai notre langue dans le tronc commun de nos trésors. L’idée que les Français, y compris immigrés, parlent français, ne me paraît pas absurde et je note sur ce point que les Etats-Unis ont adopté par deux amendements datés de 2006 (l’un républicain, l’autre démocrate) le fait que la langue anglaise était une langue « nationale » (amendement républicain), « commune et unificatrice » (amendement démocrate). Cette unanimité pleine de nuances a pour avantage de nous signifier que la langue commune est bien un élément unificateur, un facteur d’identité.

« Comment voulez-vous faire de l’intégration sans parler de qui nous sommes », dit Monsieur Sarkozy. Si sa définition du « qui nous sommes » est semblable à la mienne (et je crois pouvoir dire qu’elle en est proche) je ne vois pas en quoi l’on peut la taxer de « raciste » ou de « xénophobe ». Je ne vois pas en quoi il stigmatise un soi-disant « rejet de l’autre ».

Voici pour la « substance ».

Dans le contexte de la mondialisation, je crois plus que jamais nécessaire de définir sans cesse sa propre identité. Non qu’il faille rejeter la mondialisation (on ne le peut tout simplement pas !), mais parce que nous éprouvons tous une certaine « salliance » pour cette identité et que sa perte risquerait de nous mener vers des affres très peu recommandables.

Je ne sais pas s’il faut un ministère pour cela, mais je ne vois pas qui d’autre que l’état pourrait assurer la mission de cohésion nécessaire à cette définition. Va, donc, pour un Ministère de l’Identité Nationale.

Faut-il un Ministère de l’Immigration ?

Monsieur François Hollande répond évidemment de travers lorsqu’il annonce « S’il s’agit de contrôler les flux migratoires, le ministère de l’Intérieur y suffit. S’il s’agit d’assurer l’intégration, le ministère du Travail qui est responsable de la population y suffit ». Car c’est de cette façon justement que l’on réduit le phénomène de l’immigration à celui de « flux migratoires » et de « main d’œuvre ». Le MRAP devrait réagir ! Quant à réduire la responsabilité de la population à la responsabilité du travail, c’est un peu limitatif et rappelle un peu trop le marxisme de base, mais passons, c’est un autre sujet…

Quelle serait la fonction d’un tel ministère ?

« Tendre la main à l’immigré c’est prendre appui sur nos valeurs d’accueil, de droit du sol, de droit d’asile et de regroupement familial. C’est poursuivre le processus historique de francisation de la France, depuis les Francs, avec des apports multiples ». Cette phrase est de l’Humanité et date de 1996 (3). Je m’y rallie et note qu’elle correspond de près au discours que je suis en train de tenir. Les communistes réveillaient-ils alors « l’époque de Vichy » et ses « thèses xénophobes » ? Je ne le crois pas.

O tempora, O Mores.

Tendre la main, telle serait effectivement la fonction d’un ministère de l’immigration si l’on en concevait un selon les termes de notre identité nationale. Mais tendre la main en s’appuyant sur nos valeurs, en poursuivant le processus historique de francisation de la France, comme l’affirmaient autrefois nos amis communistes, c’est-à-dire en affirmant notre « identité nationale ».

Les deux ministères peuvent-ils être liés ?

Ils le doivent !

Dans un texte récent (« Barbares Extérieurs ») je défendais les thèses d’Arnold Toynbee et de William Durant selon lesquelles la civilisation occidentale bénéficie nécessairement de l’apport des autres cultures. Je plaçais cet apport sous le signe de l’intégration. Je n’avais que partiellement raison ou manquais de clarté, car il ne s’agit pas pour l’immigré de renier sa culture, mais bien d’accepter la nôtre. Ce n’est que par une approche cohérente, en phase avec les préceptes de notre identité, que l’on peut résoudre cette équation difficile et c’est à l’Etat, une fois de plus, d’assurer cette cohésion (il s’agit bien de « cohésion nationale » pourrait-on dire à Monsieur Mouloud Aounit), il en est seul capable.

Le lien entre les deux termes « est tout aussi nécessaire qu’opportun », ont justifié Rachida Dati et Xavier Bertrand, porte-parole de Monsieur Sarkozy dans un communiqué cités par le Nouvel Observateur (4). « Nous pensons, en effet, qu’il ne peut y avoir d’immigration réussie sans intégration, et pas d’intégration sans connaissance et respect des valeurs de la République française. »

Je soutiens totalement Monsieur Sarkozy sur ce point d’un « Ministère de l’Identité Nationale et de l’Immigration » qui répondrait idéalement à deux aspects d’une même problématique : la définition même de ce petit pourquoi on aime la France.

Ou alors j’ai rien compris…

(1) Victor Hugo – Ruy Blas : Acte III / Scène 2
(2) « Qui sommes-nous ? Identité nationale et choc des cultures »
Je renvoie sur cet ouvrage au résumé très complet fait par Augustin Jandon sur Polemia.com, résumé que je cite longuement dans ce post : http://www.polemia.com/contenu.php?cat_id=36&iddoc=1392
(3) http://www.humanite.presse.fr/journal/1996-12-10/1996-12-10-767104
(4) http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/societe




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