Le ministère nécessaire de Monsieur Sarkozy

Pour quelques raisons que certains qualifieraient de floues, je ne suis pas sarkoziste, pour d’autres raisons, que je qualifierais de raisonnables, je n’aime pas le parti socialiste français. Je fais donc partie de ce nombre indécis d’indécis pour qui Bayrou représente une possibilité plutôt viable. Quant à ma position vis-à-vis du Front National, elle a du moins le mérite d’être tranchée : je n’aime pas ces gens-là, le populisme de leur chef ni l’archaïsme de leurs idées xénophobes.

Cette note personnelle me permettra je l’espère d’éviter tout du moins un reproche : celui d’un quelconque aveuglement pro-sarkoziste et certains de mes méfaits littéraires, disponibles sur ce blog, conforteront les plus réticents sur le fait que je ne suis pas un raciste primaire.

Mais lorsque j’entends Messieurs Bayrou, Hollande et tous les autres lever cet incroyable tollé sur la proposition d’un Ministère de l’Identité Nationale et de l’Immigration, faite par Monsieur Sarkozy jeudi soir devant les caméras de France 2, je ne peux que réagir et faire appel au peu de bon sens qui me reste.

Ecoutons-les rapidement :

- Monsieur François Bayrou : « Que l’on ait un Ministère de l’Immigration, pourquoi pas. Mais enfermer dans la même phrase immigration et identité nationale, il y a là une frontière franchie »
- Madame Marie-George Buffet : « Réveiller ainsi l’époque de Vichy pour mieux donner des gages aux thèses xénophobes et racistes du Front national est indigne d’un candidat républicain à l’élection présidentielle »
- Monsieur François Hollande : « Je crains vraiment que dans cette campagne, Nicolas Sarkozy soit dans un flirt poussé avec les thèses du Front national », « s’il s’agit de contrôler les flux migratoires, le ministère de l’Intérieur y suffit. S’il s’agit d’assurer l’intégration, le ministère du Travail qui est responsable de la population y suffit »
- Madame Ségolène Royal : « Je trouve assez ignoble de faire cet amalgame entre l’identité française et les travailleurs immigrés, étrangers qui viennent ici pour contribuer à la croissance économique et qui, je le rappelle quand même, viennent à la demande des entreprises »
- Monsieur Jacques Lang : Tiens, je ne l’ai pas entendu celui-là, étonnant !
- Monsieur Faouzi Lamdaoui, secrétaire national à l’Egalité du PS : la proposition de créer ce nouveau ministère « stigmatise l’immigration comme une menace pour la culture française »
- Monsieur Mouloud Aounit, Président du MRAP : Nicolas Sarkozy « menace la cohésion nationale », il « libère la parole et l’idéologie racistes, il menace gravement la cohésion nationale, il fait ainsi un choix de société, celui du rejet de l’autre, dans une logique de division incendiaire »
- etc…

« Bon appétit, Messieurs ! », dirait Ruy Blas devant ces grands « intègres », devant ces « morsures d’affamés sur un vaisseau perdu » (1).

Car de quoi s’agit-il ? Monsieur Sarkozy s’en explique lui-même, laissons le donc parler un court instant :

« La France, ce n’est pas une race, la France ce n’est pas une ethnie. La France, c’est tous les hommes qui l’aiment, qui sont prêts à défendre ses idées, ses valeurs, à se battre pour elle. »
« A ceux qui veulent vivre en France, nous voulons offrir la fierté d’être Français. »
Et puis ce fulgurant :
« Comment voulez-vous faire de l’intégration sans parler de qui nous sommes !? »

Le débat est posé, répondons-y.

Et commençons par une définition, celle de l’identité nationale. Dans un ouvrage publié en 2004 chez Odile Jacob (2), Samuel Huttington la définit comme « le sentiment de lui-même éprouvé par un individu ou un groupe ». L’identité résulte de la conscience de soi, dit-il, du sentiment de constituer une entité individuelle ou collective. Cette conscience peut être plus ou moins « salliante » en fonction de l’importance que l’individu ou le groupe accorde à cette identité et dépend largement de la « substance » de cette identité, c’est-à-dire de ce que l’individu ou le groupe possède en propre ou en commun et qui le différencie des autres individus et des autres peuples. J’adhère à cette définition.

La France possède une identité propre, n’en déplaise à certains. Cette identité se fonde sur certaines « valeurs » que sont les notions de démocratie, de liberté, d’égalité, de fraternité (Ségolène, jamais à court d’une « bravitude », parle quant à elle de « sororité » !) et de laïcité. « L’identité française n’est pas un gros mot », dit Monsieur Sarkozy, je n’en vois pas dans cette définition.

Ajoutons que la France a cette noble attitude de se considérer comme un pays d’accueil et qu’elle en fait part intégrante de son identité. La France, donc, ne se définit jamais comme une « race », une « ethnie », et encore moins comme une « religion ».

On entend parfois dire que ces valeurs sont universelles ; elle le sont dans ce sens qu’elles devraient sans doute l’être. Mais reconnaissons que ce n’est pas le cas et je ne crois pas qu’un être humain sur dix puisse se targuer d’en bénéficier sereinement. C’est peut-être pourquoi nous attirons effectivement plus d’immigrés que d’autres, la Sécurité Sociale et les Assedic ne pouvant justifier à eux seuls cet engouement général pour notre beau pays.

Je mettrai notre langue dans le tronc commun de nos trésors. L’idée que les Français, y compris immigrés, parlent français, ne me paraît pas absurde et je note sur ce point que les Etats-Unis ont adopté par deux amendements datés de 2006 (l’un républicain, l’autre démocrate) le fait que la langue anglaise était une langue « nationale » (amendement républicain), « commune et unificatrice » (amendement démocrate). Cette unanimité pleine de nuances a pour avantage de nous signifier que la langue commune est bien un élément unificateur, un facteur d’identité.

« Comment voulez-vous faire de l’intégration sans parler de qui nous sommes », dit Monsieur Sarkozy. Si sa définition du « qui nous sommes » est semblable à la mienne (et je crois pouvoir dire qu’elle en est proche) je ne vois pas en quoi l’on peut la taxer de « raciste » ou de « xénophobe ». Je ne vois pas en quoi il stigmatise un soi-disant « rejet de l’autre ».

Voici pour la « substance ».

Dans le contexte de la mondialisation, je crois plus que jamais nécessaire de définir sans cesse sa propre identité. Non qu’il faille rejeter la mondialisation (on ne le peut tout simplement pas !), mais parce que nous éprouvons tous une certaine « salliance » pour cette identité et que sa perte risquerait de nous mener vers des affres très peu recommandables.

Je ne sais pas s’il faut un ministère pour cela, mais je ne vois pas qui d’autre que l’état pourrait assurer la mission de cohésion nécessaire à cette définition. Va, donc, pour un Ministère de l’Identité Nationale.

Faut-il un Ministère de l’Immigration ?

Monsieur François Hollande répond évidemment de travers lorsqu’il annonce « S’il s’agit de contrôler les flux migratoires, le ministère de l’Intérieur y suffit. S’il s’agit d’assurer l’intégration, le ministère du Travail qui est responsable de la population y suffit ». Car c’est de cette façon justement que l’on réduit le phénomène de l’immigration à celui de « flux migratoires » et de « main d’œuvre ». Le MRAP devrait réagir ! Quant à réduire la responsabilité de la population à la responsabilité du travail, c’est un peu limitatif et rappelle un peu trop le marxisme de base, mais passons, c’est un autre sujet…

Quelle serait la fonction d’un tel ministère ?

« Tendre la main à l’immigré c’est prendre appui sur nos valeurs d’accueil, de droit du sol, de droit d’asile et de regroupement familial. C’est poursuivre le processus historique de francisation de la France, depuis les Francs, avec des apports multiples ». Cette phrase est de l’Humanité et date de 1996 (3). Je m’y rallie et note qu’elle correspond de près au discours que je suis en train de tenir. Les communistes réveillaient-ils alors « l’époque de Vichy » et ses « thèses xénophobes » ? Je ne le crois pas.

O tempora, O Mores.

Tendre la main, telle serait effectivement la fonction d’un ministère de l’immigration si l’on en concevait un selon les termes de notre identité nationale. Mais tendre la main en s’appuyant sur nos valeurs, en poursuivant le processus historique de francisation de la France, comme l’affirmaient autrefois nos amis communistes, c’est-à-dire en affirmant notre « identité nationale ».

Les deux ministères peuvent-ils être liés ?

Ils le doivent !

Dans un texte récent (« Barbares Extérieurs ») je défendais les thèses d’Arnold Toynbee et de William Durant selon lesquelles la civilisation occidentale bénéficie nécessairement de l’apport des autres cultures. Je plaçais cet apport sous le signe de l’intégration. Je n’avais que partiellement raison ou manquais de clarté, car il ne s’agit pas pour l’immigré de renier sa culture, mais bien d’accepter la nôtre. Ce n’est que par une approche cohérente, en phase avec les préceptes de notre identité, que l’on peut résoudre cette équation difficile et c’est à l’Etat, une fois de plus, d’assurer cette cohésion (il s’agit bien de « cohésion nationale » pourrait-on dire à Monsieur Mouloud Aounit), il en est seul capable.

Le lien entre les deux termes « est tout aussi nécessaire qu’opportun », ont justifié Rachida Dati et Xavier Bertrand, porte-parole de Monsieur Sarkozy dans un communiqué cités par le Nouvel Observateur (4). « Nous pensons, en effet, qu’il ne peut y avoir d’immigration réussie sans intégration, et pas d’intégration sans connaissance et respect des valeurs de la République française. »

Je soutiens totalement Monsieur Sarkozy sur ce point d’un « Ministère de l’Identité Nationale et de l’Immigration » qui répondrait idéalement à deux aspects d’une même problématique : la définition même de ce petit pourquoi on aime la France.

Ou alors j’ai rien compris…

(1) Victor Hugo – Ruy Blas : Acte III / Scène 2
(2) « Qui sommes-nous ? Identité nationale et choc des cultures »
Je renvoie sur cet ouvrage au résumé très complet fait par Augustin Jandon sur Polemia.com, résumé que je cite longuement dans ce post : http://www.polemia.com/contenu.php?cat_id=36&iddoc=1392
(3) http://www.humanite.presse.fr/journal/1996-12-10/1996-12-10-767104
(4) http://tempsreel.nouvelobs.com/depeches/societe

60 Réponses à “Le ministère nécessaire de Monsieur Sarkozy”


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  • bonjour

    mouais… d’abord je n’aime pas Sarko pour des tas de raisons, comme vous, et je me reconnais bien dans votre premier paragraphe.

    entièrement d’accord avec vous sur le principe… mais un projet aussi vaste ne risquerait-il pas de tourner tout simplement à un bête brassage d’idées avec plein de gens très bien mais ne servant pas à grand chose? ce qui ne ferait qu’une institution de plus, coûtant cher pour un flou artisitique grandiose mais peu utile…

    quant à ceux qui hurlent à la mort dès que sarko énonce une idée et le renvoient à la Gestapo, oublions-les, c’est leur faire trop d’honneur que de les écouter ne sertait-ce que d’une oreille distraite…

  • Bonjour Camille,

    Et bienvenue dans mon petit chenal.

    Un ministère, ça coute cher, c’est vrai. Et le risque d’y concentrer encore quelques bureaucrates derrière des grandes idées qu’ils risquent de tranformer en petites commissions d’étude n’est pas mince. L’idée de ce post était plus de défendre Sarkozy (pour une fois) que de prôner la mise en place de ce fameux MINI. Je n’ai sans doute pas été clair la dessus, excusez-moi.

    Quant à votre remarque sur les aboiements, entièrement d’accord avec vous. Mais j’ai été pris d’un gros ras-le-bol devant ce tollé ridicule et n’ai pu m’empécher de me défouler sur mon clavier.

    Je note aussi qu’on parle beaucoup des dits aboiements, mais que je n’ai pas encore trouvé une seule analyse, un seul débat sur le sujet. On gueule, on vitupère, on insulte, mais on ne s’explique pas. J’ai communiqué ce post à Bayrou, Royal et à quelque consorts : aucune réponse…

    Ils ont sans doute raison de ne pas me répondre ; le sujet ne mérite pas autre chose que d’avoir existé

  • En fait ce débat est par essence biaisé ; d’un côté, en effet, l’immigration est censée être une chance pour la France, et plus il y en a, mieux c’est, nous dit-on.
    De l’autre, quand quelqu’un tire les conséquences de cet axiome et affirme qu’il y a beaucoup d’immigrés et que cela a des conséquences diverses, on pousse des cris de terreur.

    Sarko dit une chose assez simple au fond qui reprend l’axiome ET les conséquences de l’axiome. L’immigration est une chance pour la France donc il faut la poursuivre, donc elle sera de plus en plus massive. Mais cela posera des problèmes d’intégration – et en pose déjà, donc il faut lier identité et immigration puisque « l’identité de la France dans30 ans sera formée par l’immigration » (Sarko au journal du dimanche).

    En somme, la création de ce ministère n’est autre que la conséquence logique de l’admission d’une poursuite de l’immigration, et en aucun cas le signe d’un revirement vichyste (sic !) de Sarkozy.

  • en matière de débat, voici le peu que j’ai relevé:

    http://www.lemonde.fr/web/article/reactions/0,1-0@2-823448,36-881668,0.html

    les réactions des abonnés du Monde… il y a du bon, et du très con (pardonnez moi ce vilain mot, mais quand même, des fois…). vous pensez bien que dans un monde où il ne faut qu’avoir des émotions, des sentiments, des sensations, il n’est bien entendu pas question de raisonner…

  • Merci pour ce lien, chère Camille. J’ai parcouru avec intérêt quelques-unes de ses pages.

    Mais vous avez tort, ce n’est pas très con, c’est seulement un petit peu de gauche. A gauche, on a le sentiment, les émotions, les sensations… et un peu moins de raison. On ne peut pas tout avoir que diable !

  • Si l’on vous suit, cher Gai-Lulu, ce ministère est finalement indispensable. Mais qui oserait maintenant le mettre en place ? Sarkozy aura du mal et, si l’on en croit Hollande, seul le FN en serait capable. Non, non, je ne voterai pas pour Le Pen !!! Dilemne.

  • ah si, quand même, parfois, quand on lit « oh sarkozy il est vilain et en plus il est fils d’émigré alors hein » ou les posts qui commencent par « moi, mon grand père… », c’est, sinon stupide, du moins très tartignolle.

    mais il y a aussi des interventions très pertinentes, qui savent recentrer le débat, et apporter un vrai caillou à l’édifice dans les quelques lignes qui sont imparties…

    Cela dit, je m’enflamme peut-être un peu trop vite. je devrais être plus tolérante, ou plus compréhensive. MAis quand on fait un commentaire dans le Monde, on fait des efforts, tout de même!

  • Non, non, votre flamme est superbe. Et si je n’essayais pas d’être quand même un petit peu politiquement correct de temps en temps, je serais encore plus méchant à propos des incroyables niaiseries que l’on peut lire sur le net. Mais, bon, je me retiens.

  • mais si, soyez méchant!

  • Bon d’accord, promis, la prochaine fois. Mais ne venez pas me dire après que je fais parler les sentiments plutôt que la raison !

  • Ben à vrai dire, je ne sais pas si ce ministère est indispensable ; ce qui en revanche est certain c’est que l’identité d’un pays dépend de sa population et sa population dépend de l’immigration.
    Le paradoxe de ceux qui s’indignent avec force vertu est qu’ils semblent dire que jamais l’immigration ne viendra participer de l’identité nationale ; la proposition de sarkozy est mille fois plus progressiste et immigrationniste, d’une certaine manière…

  • Une nouvelle fois nous sommes assez d’accord, après un brin de discussion.

    Je le regretterais presque.

    J’aime cette idée d’un Sarkozy immigrationniste ; mais je crains qu’elle nous attire quelques critiques très virulentes, quelques insultes même, avec un peu de chance. Tant mieux, Camille sera peut-être satisfaite de me voir un peu méchant !

  • ouais! de la baston! qu’on rigole un peu… même si je suis toujours triste de voir que des goujats s’expriment par insultes sur des blogs de qualité, que ce soit celui-ci ou celui de Gai Lulu (au hasard…)
    je sais, c’est le principe du blog… mais quand même, ça me chiffonne…

  • Ouais vas-y Haliotoïde bouffon !
    euh ? Ca convient comme baston ?

  • Ségolène et le ce quoi au sujet duquel on parle :

    Et bien finalement, elle a expliqué ! Et ça vaut son pesant de couscous. Quelques perles tirées de la dépêche Reuter du 12 mars, parue sur lexpress.fr (1), suite à son allocution au Gymnase Japy :

    1. « La nation ne demande à personne d’oublier d’où il vient, elle invite chacun à dépasser (les particularismes – ndlr). Chacun peut aimer sa Bretagne ou son Algérie natale et être pleinement citoyen français »
    - Je ne suis pas certain que l’on puisse comparer la situation du Breton à celle de l’Algérien en matière d’identité nationale française, même si les Bretons sont des têtes de turcs. Si l’on compare cette position de Madame Royale avec sa bourde sur les Corses, on croit sentir qu’elle n’a pas réussi à se faire une définition claire de la France. Pas bon pour une ex-future présidente, ça !

    2. « Le candidat de la droite cherche à faire peur et à lier dans un amalgame insupportable l’immigration et la menace de l’identité nationale ».
    - Bon, c’est sans doute un lapsus, mais quand même : parler de « menace de l’identité nationale », c’est un peu gonflé non, surtout quand on se présente à un scrutin national ?

    3. »La Nation ne distingue ni blancs, ni noirs, ni jaunes, ni catholiques, ni athées, ni juifs, ni musulmans. Nous sommes tous des citoyens de la République française, à égalité ».
    - Là-dessus, rien à redire. Si, quand même : « Tous les cochons sont égaux, disait Orson Wells dans La Ferme des Animaux (repris par Coluche, je sais), mais il y en a qui sont plus égaux que d’autres ». C’est qui les plus égaux Ségolène ? Et puis, dit par Sarko, je trouve que ça a plus de gueule : « “La France, ce n’est pas une race, la France ce n’est pas une ethnie. La France, c’est tous les hommes qui l’aiment, qui sont prêts à défendre ses idées, ses valeurs, à se battre pour elle.” Mais c’est parce que je suis de mauvaise foi.

    4. « Nous ne sommes pas une addition de communautés, nous sommes le peuple français »
    - Oui mais c’est qui « le peuple français » ?

    5. « C’est la nation qui nous permet de construire, de tenir bon sur notre destin commun en n’ayant pas peur des autres ».
    - Ça fait pas un peu Front National, ça, « la peur des autres » ?

    6. La candidate a défendu une « immigration encadrée par des règles justes et respectées et qui respecte les personnes ». « Aux nouveaux venus, je dis « prenez part à notre société, respectez ses lois et nous garantirons l’égalité de vos droits et de vos chances’ », a ajouté Ségolène Royal.
    - C’est pas Sarkozy qui a dit ça ? Copieuse !

    (1) http://www.lexpress.fr/info/infojour/reuters

  • Arf!

    Je te rejoins sur bien des points, sauf que Sarkozy n’a pas parlé d’un ministère de l’intégration, mais d’un ministère de l’immigration ET de l’identité nationale.

    On peut interpréter la formule comme on veut, car elle est vague. Cela dit, sur un plan sémantique le fait de désigner un ministère sous un titre mettant côte à côte les mots « immigration » et « identité nationale » n’est pas neutre.

    Dans « immigration » il y a une notion de pénétration: im, donc in qui traduit l’idée d’une migration qui « entre » quelque part ,et ce quelque part est le pays du point de vue où l’on se situe. Lorsque je me situe dans un pays de départ, je parle d’émigration. Lorsque je me situe mondialement, je parle de migration. Et lorsque je me situe dans le pays d’arrivée, je parle immigration. Simple, classique, connu.

    Moins connu est le fait que la loi reprennent le terme quasi sexuel de « pénétration » pour décrire l’entrée irrégulière d’un étranger sur le sol français. On parlera alors de « pénétration illicite » ou de « pénétration irrégulière ».

    Le mot « pénétration » évoque le franchissement d’une barrière par un intru ou un corps étranger. Par exemple: « l’écharde avait pénétré la peau de son doigt ». Ou encore: « le voleur a pénétré dans les lieux par effraction ».

    La notion de corps étranger, ou d’intrusion, implique la remise en cause d’un équilibre interne : le corps étranger perturbe l’ordre des choses, voire, annonce une agression sur un plan interne. Le trouble peut alors être intériorisé avec une notion de sanctuarisation (dans le film Panic Room, la cellule familiale, agressée par des intrus pénétrant au sein même du foyer familiale, abandonne volontairement le terrain qui ne peut être défendu pour se réfugier dans un sanctuaire).

    La perturbation de l’ordre interne peut être ressentie de façon quasi biologique. La pénétration du corps étranger dans le « milieu intérieur » peut ouvrir la voie à une contamination, ou un empoisonnement, ou à quelque chose qui va rendre impur : « le mariage de la comtesse de Beaumont avec un roturier a interrompu cette longue lignée d’aristocrates ». Ou encore: « Violette, femme de mauvaise vie, n’hésitait pas à se donner à tous les hommes de passage, y-compris de couleur. Elle accoucha un jour d’une sorte de bâtard au teint marron dont personne ne su quoi faire ».

    Donc, assez clairement, au-delà de sa signification primaire, le mot « immigration » est anxiogène: il évoque une thématique liée à l’agression, la maladie, impureté, etc. Symboliquement, on pourrait dire que le mot immigration, c’est le sexe.

    De l’autre côté, les mots « identité nationale » renvoient à un complexe identité + nationale. Identité évoque une notion d’intégrité, d’intimité, de conscience, de fragilité, de ce qui me fait être ce que je suis, donc de culture, d’éducation, d’héritage, d’ancêtres, donc de relais passés de génération en génération tout en préservant le message. Nationale évoque le sacré, la superstructure, le transcendant, mais aussi le collectif, le partagé.

    Les deux ensemble évoquent un concept de pureté, de sacré, d’intime (donc quelque chose d’individuel) et de partagé (donc du collectif): l’identité nationale est ce qui nous réunit à travers nos différences. Symboliquement, on pourrait dire que les mots « identité nationale » c’est l’amour.

    Mettre ces mots dans une même phrase c’est mettre ensemble le sexe et l’amour. Rien d’anxiogène a priori. Au contraire, même, les deux mots vont plutôt bien ensemble, dans le langage courant.

    Sauf que la phrase sert à désigner un ministère et qu’un ministère est là pour s’occuper de tout ce qui pose un problème à la société.

    Donc le sens se déduit naturellement: le ministère de l’immigration et de l’identité nationale a symboliquement pour vocation d’être une capote destinée à protéger notre « amour » d’un contact direct avec le « sexe » étranger à notre corps.

    Sarkozy veut une immigration choisie: des « bons » étrangers non par parce qu’ils sont ceci ou cela (Sarko n’est pas raciste) mais parce qu’ils sont choisis, comme des partenaires sexuels. La bonne sexualité, au sens moderne, n’est pas la sexualité guindée et moraliste, mais la sexualité librement choisie avec un(e) ou des partenaires consentants.

    On peut donc dire que la formule « ministère de l’immigration ET de l’identité nationale » est lourde de sens. Et encore, je passe sur un aspect cette fois-ci très politique: instaurer un ministère de l’identité nationale implique que l’Etat se place en juge et en protecteur de cette identité qu’il va vouloir incarner. Or, en l’état actuel de nos textes constitutionnels, cette conception n’existe pas.

    La conception qui existe est la suivante:

    Le peuple français représente l’ensemble des Français vivant actuellement (c’est à dire à un moment donné). La nation est la projection du peuple dans l’histoire: une nation est un peuple qui prend conscience de son destin. L’Etat est l’instrument de la nation qui est une et indivisible. Il lui sert à accomplir son destin. L’identité nationale n’est pas définie: elle appartient à chaque français et résulte spontanéement de son action quotidienne en tant que citoyen.

    Définir une identité nationale et en confier la protection à l’Etat, c’est prendre le risque que la nation devienne l’instrument de l’Etat, alors que dans notre conception actuelle c’est l’Etat qui est l’instrument de la nation.

    Le fait que la proposition de créer un ministère de l’immigration et de l’identité nationale émane d’un ministre notoirement démagogique n’est de ce point de vue là absolument pas rassurante.

  • Ouaiiis, je savais que Tschok allait relancer le débat !

    Je ne suis pas sûr que l’on puisse dire que « l’identité nationale n’est pas définie », « qu’elle appartient à chaque français et résulte spontanément de son action quotidienne en tant que citoyen ». Je comparerais volontiers cela au domaine religieux : la somme de toutes les croyances ne fait pas une religion. C’est dès lors que l’on s’accorde sur certains fondamentaux que l’on peut parler de religion, ou bien d’identité nationale. Et qui d’autre que l’état peut AIDER à définir ces fondamentaux ?

    Bon à part ça et vue la remarquable définition de l’immigration que je viens de lire, comment est-ce qu’on fait pour être immigré ? Je veux en être …

  • Ben pour être immigré, il suffit de mettre une capote et on se sent tout de suite étranger.

    Pour ce qui est de l’identité nationale, je te jure sur la tête de ma mère qu’elle est pas définie dans les textes. J’entends par là la loi ou la constitution. Bon, pour ce qui est du dernier arrêté municipal de Trimouilli en Champêtrie sur Loiret Sec, j’avoue mon ignorance.

    Maintenant, ça veut pas dire que l’identité nationale est indéfinissable ou que l’Etat serait mal fondé à rechercher un accord sur les fondamentaux qui la constituent.

    D’ailleurs, il le fait tout les jours à travers ses adminsitrations ou ses institutions: à l’école, dans les postes de polices, dans les cours de justice, au parlement, etc.

    Tout ce qui s’y passe s’y passe d’une certaine façon parce que nous sommes français. Par exemple, dans un hôpital, un médecin homme ne pensera forcément pas qu’il existe un obstacle à ce qu’il examine une femme. Si cette femme est musulmanne et qu’elle est jalousée par un mari sourcilleux sur la règle religieuse, l’occasion sera donnée à notre brave docteur de mesurer par lui-même toute la distance qui le sépare de sa patiente.

    Et dans cette distance, il y a une composante qui tient à l’identité nationale. Non?

    De là à codifier l’identité nationale pour en confier l’administration à un ministère, il y a cependant une grande différence. Surtout si cette mission lui est confiée dans le cadre de la « luttre contre l’immigration » ou dans le cadre certes plus neutre d’une « politique de maîtrise des flux migratoires » (c’est l’appellation d’origine contrôlée pour dire « un coup de pied au cul et zouuuuuuuu »).

  • Cher, très cher Tschok,

    Bon, je mets une capote.
    Reste à trouver un endroit où immigrer…

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