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Archive journalière du 13 mar 2007

Vous n’allez pas voter Bayrou quand même ?

Je gisais ce matin par deux mêtres de fond, fidèle à mon statut de mollusque gastéropode prosobranche (famille des haliotoidae), collé sur mon rocher par de sombres pensées sur la nature de l’être et profitant du courant de la marée montante, lorsque ma voisine, cette chère Madame Ostrea, eut l’huitrecuidance de m’extraire des songes.

- Vous n’allez pas voter Bayrou quand même ?

Faisant partie de ceux qui savent plus ou moins ce qu’ils feront mais ne le disent pas trop (par crainte d’avoir à engager une discussion houleuse sur le sujet), je tentais une réponse évasive :

- Ce n’est pas impossible, je n’en suis pas certain, peut-être…
- Mais vous ne vous rendez pas compte !
- De quoi ?
- Ce gars-là est une illusion, une chimère, et puis, il ne passera jamais au deuxième tour !

Je ne voyais pas très bien en quoi l’éventualité d’un échec au deuxième tour disqualifiait irrémédiablement dès le premier, mais, n’ayant toujours pas envie d’aller trop loin sur le sujet, rétorquais un :

- Vous avez sans doute raison.

Ma cause était perdue d’avance, dans ces périodes de décisions démocratiques, n’être pas pour quelqu’un c’est faire le jeu de l’adversaire de l’autre et le silence est une trahison lorsque tous vocifèrent.

- Ecoutez-moi, Halio, de deux choses l’une, soit vous voulez le changement, soit vous ne le voulez pas, mais dans tous les cas, Bayrou n’est pas la solution.
- Et comment cela est-il possible ? Dans tout système logique on ne peut à la fois être et ne pas être…
- Si vous voulez le changement, Sègo est le seul choix possible. Elle seule incarne les réformes, elle seule peut les mener à bien. C’est une force nouvelle, un espoir pour le chenal tout entier. Elle le dit et le répète : « les électeurs ont besoin que je leur apporte la preuve obstinée, permanente, acharnée que c’est moi qui, non seulement incarne le changement, mais qui le réaliserai ». Et croyez-moi, elle le fera.
- Et de quels changements s’agit-il ?
- L’emploi, la sécurité, la famille, l’école, tout se tient, dit-elle. Elle veut redonner vie au système politique, revenir au principe de responsabilité…
- Tout ça me paraît très correct, mais concrètement ?
- Elle seule peut « refuser l’accaparement par la droite de tous les leviers de décisions et … s’opposer aux politiques de démantèlement de l’état et de la protection sociale avec sa fin programmée des impôts directs » (1).
- C’est bien. Mais je sens dans votre discours comme des remugles de l’ancien socialisme. Or vous m’affirmiez l’autre jour que votre chère Ségo veut justement se démarquer des vieux réflexes, « redonner vie au système politique » venez-vous de me dire. Si son programme, ou pire, celui de ses électeurs (car elle ne gouvernera pas sans eux) en reste à ce genre de banalités trop rabachées, j’ai peur que nous n’allions pas vraiment vers un quelconque renouveau. J’ai même peur que nous ne retombions rapidement dans ce vieux socialisme dont les plus purs d’entre vous semble eux-mêmes vouloir s’écarter. Non Madame Ostrea, je ne crois pas que votre Ségo soit en mesure d’apporter un changement véritable et je sais qu’avec elle nous continuerons ce mouvement de balancier gauche-droite-gauche-droite qui, depuis un certain mois de mai 1981, fait que nous n’avançons plus. En plus, elle n’est même pas jolie et parle comme un bernard-l’hermite, avec une coquille dure, plein de scritch-scritch, et ça ne remue que du sable.

J’allais continuer dans une diatribe un tant soit peu violente contre cette représentante de babord (autant par conviction que pour avoir enfin la paix), lorsque Madame Saint-Jacques s’annonça par quelques claquements de valve.

- Clac, clac, clac. Excusez-moi de vous interrompre, je me suis permis de suivre votre conversation d’un peu loin (le son porte très bien sous l’eau) et je me sens obligée d’intervenir : le seul vrai changement possible, c’est le grand Nico !

Madame Ostrea n’aimant pas Madame Saint-Jacques, qu’elle considère comme volage et trop bavarde, (je crois sutout qu’elle est un peu jalouse de ses allures de grande dame) retourna donc dans sa coquille pour rêver d’une vie largement plus perlière. Quant’à Madame Saint-Jacques, qui se croit d’une vieille famille bretonne, elle se mit à me claqueter plein de choses sur son très cher Nico :

- Bayrou, mais vous n’y pensez-pas ! Il ne pourra jamais rassembler de quoi réaliser ce qu’il annonce. Et d’ailleurs, il n’annonce que du flou. Non, croyez-moi, seul le grand Nico peut nous sortir de cette valse en deux temps que vous semblez critiquer.
- Et comment donc ?
- Lui seul propose un plan viable, possède l’autorité pour le réaliser. Lui seul veut sortir des logiques de clans, et nous hisser hors du trou. Libéral ? Oui, mais humain. De droite ? Oui, mais pas de cette droite vieillotte et ridicule arc-boutée sur ses petits privilèges de captitalistes repus…
- Ah, j’avais plutôt l’impression que c’est à gauche qu’on s’arc-boute sur les privilèges et les acquis…
- Ne m’interrompez-pas, voulez-vous ! Nico, c’est jeune, c’est intelligent, c’est dynamique, c’est fort, c’est honnête. Etudiez-bien toutes ses propositions…
- Je reconnais qu’elles semblent véritables…
- Pas seulement véritables : efficaces ! Avec Nico, ça marchera. D’ailleurs, il le dit.

Je remarquais chez la dame un peu de cette passion fébrile qu’on certaines femmes pour les très grands héros mais notais tout du moins mon accord sur l’ensemble des points.

- Il semble en effet qu’il soit le mieux plaçé…
- Ah, vous voyez, un peu de raison vous remet vite dans le droit chenal. Ce n’est pas comme Madame Ostrea et son QI d’huitre : quels que soient les errements de Ségo, elle gardera sa foi.
- Fides et Ratio
- Comment ?
- Non, rien, je pensais à la foi et à la raison. Aucun rapport.
- Ah bon. Non mais regardez-la l’Ostrea ! Fermée ! Ah, l’immobilisme des huitres !

Malgré les arguments de Madame Saint-Jacques, je sentais bien que je n’avais pas très envie de vivre dans un chenal aussi propret et bien en ordre qu’un trottoir de Neuilly. Et puis j’aurais surtout aimé que tout cela s’arrête. Mais, décidemment, ce n’était pas mon jour…

Gai-Luron, notre canard préféré, qui daigne parfois se poser dans le coin et nous nourrir de sa grande expérience des océans, vint me troubler encore :

- Ecoutez Halio, « il me semble que Bayrou a un certain nombre d’atouts (…) ; néanmoins, sans vouloir le ramener aux abîmes incantatoires de Royal, je crains qu’il n’ait que des principes et des “valeurs” à proposer, mais pas de système cohérent ; il affiche clairement son engagement européen, mais il ne l’articule jamais de façon cohérente à ses propositions pour la France et ne délimite jamais ce qui relève du domaine de compétences de la france, et ce qui relève de l’Europe.?Il fut un exécrable ministre de l’éducation, ce qu’il ne faut jamais oublier… Enfin, est-il si honnête que cela ? J’en doute de plus en plus quand on voit par exemple qu’il est l’homme politique qui a, en janvier et février bénéficié du plus grand temps de parole de tous les candidats, tout en expliquant que les média ne s’intéressaient pas à lui… A méditer. » (2)

Il m’énerve un peu celui-là avec son nez en l’air, mais je l’aime bien et il avait raison le bougre.

Vous savez quoi, je vais voter Churchill … Ou bien reprendre ma énième lecture de Voltaire.

(1) http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=20241
(2) http://presqueriensurpresquetout.unblog.fr/ « De Chirac à Bayrou : quand le rad-soc se réincarne dans le soc-dém-lib. » (Commentaire N°10)




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