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Archive journalière du 31 mar 2007

Joffrin m’énerve

Le week-end aurait dû commencer tranquillement : sans envie, sans idée, aussi nul qu’un week-end de printemps quand le printemps est reparti. Et puis je lis l’éditorial de Laurent Joffrin sur Libération.fr (1).

Je ne connais pas personnellement Laurent Joffrin, et c’est sans doute un type très bien, mais je connais son système de pensée. Vous me direz qu’il est difficile de connaître la pensée de quelqu’un sans connaître le dit quelqu’un, mais Laurent Joffrin fait profession de journalisme, ce qui expose au risque d’être réduit à une idée par la plupart des gens. Donc, je connais un peu les idées de Laurent Joffrin par ce qu’il en écrit et ce que j’en lis ce matin me mets de mauvaise humeur. Or j’aime partager mes mauvaises humeurs des samedis de mauvais printemps.

L’article porte le titre de « Torse bombé » et c’est du torse de Nicolas Sarkozy qu’il s’agit. L’idée de Joffrin, faite sans doute pour rassurer les forces de gauche et leur donner un peu de courage avant la lutte finale, est que deux événements récents marquent un tournant dans la campagne pour les présidentielles (un tournant que l’on subodore positif pour la gauche) et que ces deux événements vont miner la suprématie du candidat Sarkozy. Pour Joffrin, les incidents de la rue Rampal « une école comme décor de la chasse aux sans-papiers » et ceux de la Gare du Nord « une interprétation musclée qui tourne à la bagarre générale » sont des pièges dans lesquels ne tomberont pas. »les défenseurs des libertés publiques » que sont les électeurs et les élus de gauche

D’habitude, nous dit Joffrin, la réponse de « défenseur de l’ordre » contre « les délinquants et les fraudeurs », faite par Sarkozy à ce genre d’événements, est trop rapidement vilipendée par la gauche qui se retrouve en retour accusée de laxisme. Mais cette fois-ci, les choses sont d’après lui très différentes : le discours de gauche a « appris à (s’) équilibrer entre tradition d’ouverture et fermeté légale, entre prévention et sanction ». L’opinion qui plus est « sent qu’une politique qui encadre les libertés mais libère le marché va au rebours de ses préoccupations » (habituel refrain).

Joffrin n’a pas oublié de noter au passage que les « atteintes aux personnes sont plus nombreuses que jamais », ce qui est évidemment du ressort direct de notre ex Ministre de l’Intérieur et je présume que la conclusion de Joffrin sur la responsabilité de Sarkozy aurait été la même si Sarkozy avait été Ministre de l’Education Nationale (« un système d’exclusion »), ministre des Finances (« une économie libérale et mondialiste »), et pourquoi pas Ministre de l’Identité Nationale, des Postes ou de l’Agriculture (il aurait bien trouvé quelque chose, non ?).

- Non, Monsieur Joffrin, le discours de gauche n’a pas changé. Rien ne pourra le changer en l’état actuel des choses. Madame Royale et consorts continueront, avec votre appui, à nous rabacher les mêmes idées nocives qu’on nous rabachent depuis des lustres. A nous faire croire que le social crêt la richesse lorsque c’est bien la richesse qui permet le social. A nous faire estimer que c’est la sanction qui crêt le crime, alors que ce n’est que la lâcheté qui l’encourage. A nous faire penser que les lois sur l’immigration sont des lois d’exclusion lorsque des immigrés eux-mêmes ne veulent pas s’intégrer. A nous faire admettre que l’état seul peut gérer nos futurs, lorsqu’il y a failli depuis bientôt trente ans. Tiraillée entre une extrême-gauche imbécile et dangereuse, un centre indéfini et son désir de pouvoir absolu, Madame Royale continuerait, si elle était élue, à appliquer les rites archaïques d’un PS moribond. Et ce n’est pas une « démocratie participative » ou des énièmes républiques qui l’en empêcheront, car ce ne sont que des mots vides et creux pour nourrir une campagne affligeante.

Le peuple de gauche lui-même ne s’y trompe pas puisque, pour la première fois depuis longtemps, il ne va pas sans doute pas voter comme un seul homme « par fidélité ». Je le lui souhaite. Nous avons besoin d’une gauche intelligente et forte, capable de relever les défis nouveaux comme l’ont fait certaines gauches ailleurs. Mais le PS en France s’arc-boutera toujours sur les défis anciens, ressassant à plus soif les mêmes inepties.

Sauf s’il perd les élections prochaines ! Ce que je lui souhaite infiniment. Alors peut-être y aura-t’il quelqu’un qui, de son sein, arrêtera cette gigantesque fumisterie de cette gauche faite toute entière d’une « exception française » qui fait rire partout, quelqu’un qui nous offrira enfin une gauche avec laquelle on peut discuter autrement qu’en écoutant ses invectives, ses insultes et (excusez-moi du terme) ses conneries.

- Non, Monsieur Joffrin, l’insécurité n’a pas augmenté depuis que Monsieur Sarkozy est à l’intérieur. Elle a diminué, mais de nouvelles violences sont apparues et je vous en tiens pour responsable. Il est plus facile de pleurer sur le sort du délinquant, pauvre perdant d’une société immonde, victime indiscutée d’un horrible système, que de chercher des solutions viables. On vous entend crier sans cesse sur le drame existentiel de ces jeunes délinquants (expression qui devient presque un pléonasme de droite, si l’on vous écoutait), sans proposer autre chose que des solutions vagues, inadaptées, ou carrément dangereuses. Vous n’aimez pas les jeunes, vous les utilisez pour argumenter votre discours contre la droite. Vous ne défendez pas la réinsertion des délinquants, vous défendez leur haine de vos ennemis. Vous ne proposez pas de leur offrir une formation véritable, mais des contrats bidons, financés on ne sait plus comment, à coups de 500 000 par ci et de 100 000 par là. Le travail ne se décrète pas, il se crêt. Par une économie sereine, par la confiance à moyen terme, par la vision à plus long terme.

- Non, Monsieur Joffrin, les incidents de la rue Rampal ne peuvent êtres limités au fait que l’on ai choisi « une école comme décor de la chasse aux sans papiers ». Admettons même que le cadre ait été mal choisi, l’expression que vous utilisez est un mensonge. Il ne s’agit pas de chasse aux sans papiers, il s’agit d’application de la loi républicaine. Que cette loi soit imparfaite, c’est possible, et même probable. Qu’elle se soit mal appliquée rue Rampal, je suis prêt à l’admettre. Mais ce n’est pas en soufflant sur la braise que vous pourrez résoudre les cas très dramatiques qui en découlent, c’est en faisant vous-même l’analyse profonde des fondements de cette loi, en réfléchissant aux conséquences des politiques d’immigration à l’emporte-pièce des gouvernements de gauche et de droite en France. Tout et n’importe quoi, surtout n’importe comment, c’est-à-dire sans se poser la question de l’après. « Venez, venez, chers immigrés, soyez français, la France est votre pays et nous, gens de gauche, nous saurons vous défendre contre l’horrible loi libérale, disciplinaire, sécuritaire et mondialiste de l’affreux Monsieur Sarkozy ». C’est un peu court. L’affreux Sarkozy propose quant à lui deux ou trois choses indiscutables, comme le fait que l’on parle un peu de français lorsque l’on est français, que l’on en accepte les lois et puis qu’on les défende et que dès lors, sans préjuger de la race, de la couleur ou de la religion, l’on profite de tous les avantages qu’offre notre pays.Ce n’est peut-être pas la panacée, mais on peut au moins discuter sur ces bases, pas sur les vôtres, puisqu’elles n’existent pas.

- Non, Monsieur Joffrin, les incidents de la Gare du Nord ne consistent pas en « une intervention musclée qui tourne à une bagarre générale » mais en l’application du droit tourné en ridicule par une meute qui vous a trop souvent écouté. Avez-vous lu la déposition de Monsieur Hoekelet (1) ? Le pauvre homme aurait jeté son ticket après l’avoir composté, procédure que vous jugerez sans doute normale malgré l’obligation, écrite partout dans les couloirs du métro, de pouvoir présenter son billet lors d’un contrôle. Une obligation que les quelques centaines de milliers de passagers quotidiens ne considèrent pas d’habitude comme essentiellement terrifiante ou autoritaire. Passons sur le fait que Monsieur Hoekelet n’aime pas que l’on se rapproche de son front et que, mis en présence de cette situation sans doute très insultante, il « bouche une oreille » de l’impétrant. Normal, me direz-vous, on a tous notre honneur. Passons également sur le fait que Monsieur Hoekelet devait se rendre la veille à une convocation du Tribunal d’Aix-en-Provence pour une affaire d’outrage à magistrat et que ces salopards de contrôleurs n’ont « pas voulu (le) laisser prendre le train sans billet », l’empêchant ainsi de remplir convenablement ses devoirs de très bon citoyen.

Non, le vrai débat est celui de la réaction de la foule devant l’interpellation de Monsieur Hoekelet, une réaction stimulée, encouragée, par des articles comme le vôtre et par l’affreuse bêtise de la gauche française. Je crois que vous avez toujours considéré toute action de la police qui dépasse la réponse à une demande de direction sur la carte comme outrepassant largement le rôle que vous aimeriez lui voir jouer. La police, n’est-ce pas, c’est un corps chargé du bien être du citoyen, de son bonheur. Dans un monde parfait, elle pourrait effectivement vaquer à quelques activités très anodines. Mais, quoi que vous en disiez, les délinquants existent, ils ne sont pas que des victimes et lorsqu’ils vont vous « boucher une oreille », même si vous n’êtes pas policier ou contrôleur de la RATP, vous tentez de les en empêcher. J’aurais dû dire « sauf » si vous êtes policier ou contrôleur de la RATP, car personne ne songerait à se révolter devant un voyageur qui se défend devant deux agresseurs, même s’il en assomme un et qu’il casse le bras de l’autre (je le sais, c’était moi, il y a quelques années), mais si les mêmes agresseurs sont seulement questionnés par quelque policier, alors la foule s’empresse grâce à vous d’intervenir contre ces tortionnaires front-nationalesques. Ne trouvez-vous pas qu’il y a quelque chose de malsain à considérer que faire sa propre loi est plus acceptable que de recourir aux forces de l’ordre ? C’est en tout cas votre opinion à chaque fois qu’intervient un gendarme et cette opinion est totalement irresponsable.

Je n’irai pas plus loin. J’ai un week-end qu’il faut gérer et je ne crois pas que Laurent Joffrin soit apte à le rendre agréable, ou même intéressant.

(1) http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/244420.FR.php
(2) http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-890084,0.html




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