Joffrin m’énerve

Le week-end aurait dû commencer tranquillement : sans envie, sans idée, aussi nul qu’un week-end de printemps quand le printemps est reparti. Et puis je lis l’éditorial de Laurent Joffrin sur Libération.fr (1).

Je ne connais pas personnellement Laurent Joffrin, et c’est sans doute un type très bien, mais je connais son système de pensée. Vous me direz qu’il est difficile de connaître la pensée de quelqu’un sans connaître le dit quelqu’un, mais Laurent Joffrin fait profession de journalisme, ce qui expose au risque d’être réduit à une idée par la plupart des gens. Donc, je connais un peu les idées de Laurent Joffrin par ce qu’il en écrit et ce que j’en lis ce matin me mets de mauvaise humeur. Or j’aime partager mes mauvaises humeurs des samedis de mauvais printemps.

L’article porte le titre de « Torse bombé » et c’est du torse de Nicolas Sarkozy qu’il s’agit. L’idée de Joffrin, faite sans doute pour rassurer les forces de gauche et leur donner un peu de courage avant la lutte finale, est que deux événements récents marquent un tournant dans la campagne pour les présidentielles (un tournant que l’on subodore positif pour la gauche) et que ces deux événements vont miner la suprématie du candidat Sarkozy. Pour Joffrin, les incidents de la rue Rampal « une école comme décor de la chasse aux sans-papiers » et ceux de la Gare du Nord « une interprétation musclée qui tourne à la bagarre générale » sont des pièges dans lesquels ne tomberont pas. »les défenseurs des libertés publiques » que sont les électeurs et les élus de gauche

D’habitude, nous dit Joffrin, la réponse de « défenseur de l’ordre » contre « les délinquants et les fraudeurs », faite par Sarkozy à ce genre d’événements, est trop rapidement vilipendée par la gauche qui se retrouve en retour accusée de laxisme. Mais cette fois-ci, les choses sont d’après lui très différentes : le discours de gauche a « appris à (s’) équilibrer entre tradition d’ouverture et fermeté légale, entre prévention et sanction ». L’opinion qui plus est « sent qu’une politique qui encadre les libertés mais libère le marché va au rebours de ses préoccupations » (habituel refrain).

Joffrin n’a pas oublié de noter au passage que les « atteintes aux personnes sont plus nombreuses que jamais », ce qui est évidemment du ressort direct de notre ex Ministre de l’Intérieur et je présume que la conclusion de Joffrin sur la responsabilité de Sarkozy aurait été la même si Sarkozy avait été Ministre de l’Education Nationale (« un système d’exclusion »), ministre des Finances (« une économie libérale et mondialiste »), et pourquoi pas Ministre de l’Identité Nationale, des Postes ou de l’Agriculture (il aurait bien trouvé quelque chose, non ?).

- Non, Monsieur Joffrin, le discours de gauche n’a pas changé. Rien ne pourra le changer en l’état actuel des choses. Madame Royale et consorts continueront, avec votre appui, à nous rabacher les mêmes idées nocives qu’on nous rabachent depuis des lustres. A nous faire croire que le social crêt la richesse lorsque c’est bien la richesse qui permet le social. A nous faire estimer que c’est la sanction qui crêt le crime, alors que ce n’est que la lâcheté qui l’encourage. A nous faire penser que les lois sur l’immigration sont des lois d’exclusion lorsque des immigrés eux-mêmes ne veulent pas s’intégrer. A nous faire admettre que l’état seul peut gérer nos futurs, lorsqu’il y a failli depuis bientôt trente ans. Tiraillée entre une extrême-gauche imbécile et dangereuse, un centre indéfini et son désir de pouvoir absolu, Madame Royale continuerait, si elle était élue, à appliquer les rites archaïques d’un PS moribond. Et ce n’est pas une « démocratie participative » ou des énièmes républiques qui l’en empêcheront, car ce ne sont que des mots vides et creux pour nourrir une campagne affligeante.

Le peuple de gauche lui-même ne s’y trompe pas puisque, pour la première fois depuis longtemps, il ne va pas sans doute pas voter comme un seul homme « par fidélité ». Je le lui souhaite. Nous avons besoin d’une gauche intelligente et forte, capable de relever les défis nouveaux comme l’ont fait certaines gauches ailleurs. Mais le PS en France s’arc-boutera toujours sur les défis anciens, ressassant à plus soif les mêmes inepties.

Sauf s’il perd les élections prochaines ! Ce que je lui souhaite infiniment. Alors peut-être y aura-t’il quelqu’un qui, de son sein, arrêtera cette gigantesque fumisterie de cette gauche faite toute entière d’une « exception française » qui fait rire partout, quelqu’un qui nous offrira enfin une gauche avec laquelle on peut discuter autrement qu’en écoutant ses invectives, ses insultes et (excusez-moi du terme) ses conneries.

- Non, Monsieur Joffrin, l’insécurité n’a pas augmenté depuis que Monsieur Sarkozy est à l’intérieur. Elle a diminué, mais de nouvelles violences sont apparues et je vous en tiens pour responsable. Il est plus facile de pleurer sur le sort du délinquant, pauvre perdant d’une société immonde, victime indiscutée d’un horrible système, que de chercher des solutions viables. On vous entend crier sans cesse sur le drame existentiel de ces jeunes délinquants (expression qui devient presque un pléonasme de droite, si l’on vous écoutait), sans proposer autre chose que des solutions vagues, inadaptées, ou carrément dangereuses. Vous n’aimez pas les jeunes, vous les utilisez pour argumenter votre discours contre la droite. Vous ne défendez pas la réinsertion des délinquants, vous défendez leur haine de vos ennemis. Vous ne proposez pas de leur offrir une formation véritable, mais des contrats bidons, financés on ne sait plus comment, à coups de 500 000 par ci et de 100 000 par là. Le travail ne se décrète pas, il se crêt. Par une économie sereine, par la confiance à moyen terme, par la vision à plus long terme.

- Non, Monsieur Joffrin, les incidents de la rue Rampal ne peuvent êtres limités au fait que l’on ai choisi « une école comme décor de la chasse aux sans papiers ». Admettons même que le cadre ait été mal choisi, l’expression que vous utilisez est un mensonge. Il ne s’agit pas de chasse aux sans papiers, il s’agit d’application de la loi républicaine. Que cette loi soit imparfaite, c’est possible, et même probable. Qu’elle se soit mal appliquée rue Rampal, je suis prêt à l’admettre. Mais ce n’est pas en soufflant sur la braise que vous pourrez résoudre les cas très dramatiques qui en découlent, c’est en faisant vous-même l’analyse profonde des fondements de cette loi, en réfléchissant aux conséquences des politiques d’immigration à l’emporte-pièce des gouvernements de gauche et de droite en France. Tout et n’importe quoi, surtout n’importe comment, c’est-à-dire sans se poser la question de l’après. « Venez, venez, chers immigrés, soyez français, la France est votre pays et nous, gens de gauche, nous saurons vous défendre contre l’horrible loi libérale, disciplinaire, sécuritaire et mondialiste de l’affreux Monsieur Sarkozy ». C’est un peu court. L’affreux Sarkozy propose quant à lui deux ou trois choses indiscutables, comme le fait que l’on parle un peu de français lorsque l’on est français, que l’on en accepte les lois et puis qu’on les défende et que dès lors, sans préjuger de la race, de la couleur ou de la religion, l’on profite de tous les avantages qu’offre notre pays.Ce n’est peut-être pas la panacée, mais on peut au moins discuter sur ces bases, pas sur les vôtres, puisqu’elles n’existent pas.

- Non, Monsieur Joffrin, les incidents de la Gare du Nord ne consistent pas en « une intervention musclée qui tourne à une bagarre générale » mais en l’application du droit tourné en ridicule par une meute qui vous a trop souvent écouté. Avez-vous lu la déposition de Monsieur Hoekelet (1) ? Le pauvre homme aurait jeté son ticket après l’avoir composté, procédure que vous jugerez sans doute normale malgré l’obligation, écrite partout dans les couloirs du métro, de pouvoir présenter son billet lors d’un contrôle. Une obligation que les quelques centaines de milliers de passagers quotidiens ne considèrent pas d’habitude comme essentiellement terrifiante ou autoritaire. Passons sur le fait que Monsieur Hoekelet n’aime pas que l’on se rapproche de son front et que, mis en présence de cette situation sans doute très insultante, il « bouche une oreille » de l’impétrant. Normal, me direz-vous, on a tous notre honneur. Passons également sur le fait que Monsieur Hoekelet devait se rendre la veille à une convocation du Tribunal d’Aix-en-Provence pour une affaire d’outrage à magistrat et que ces salopards de contrôleurs n’ont « pas voulu (le) laisser prendre le train sans billet », l’empêchant ainsi de remplir convenablement ses devoirs de très bon citoyen.

Non, le vrai débat est celui de la réaction de la foule devant l’interpellation de Monsieur Hoekelet, une réaction stimulée, encouragée, par des articles comme le vôtre et par l’affreuse bêtise de la gauche française. Je crois que vous avez toujours considéré toute action de la police qui dépasse la réponse à une demande de direction sur la carte comme outrepassant largement le rôle que vous aimeriez lui voir jouer. La police, n’est-ce pas, c’est un corps chargé du bien être du citoyen, de son bonheur. Dans un monde parfait, elle pourrait effectivement vaquer à quelques activités très anodines. Mais, quoi que vous en disiez, les délinquants existent, ils ne sont pas que des victimes et lorsqu’ils vont vous « boucher une oreille », même si vous n’êtes pas policier ou contrôleur de la RATP, vous tentez de les en empêcher. J’aurais dû dire « sauf » si vous êtes policier ou contrôleur de la RATP, car personne ne songerait à se révolter devant un voyageur qui se défend devant deux agresseurs, même s’il en assomme un et qu’il casse le bras de l’autre (je le sais, c’était moi, il y a quelques années), mais si les mêmes agresseurs sont seulement questionnés par quelque policier, alors la foule s’empresse grâce à vous d’intervenir contre ces tortionnaires front-nationalesques. Ne trouvez-vous pas qu’il y a quelque chose de malsain à considérer que faire sa propre loi est plus acceptable que de recourir aux forces de l’ordre ? C’est en tout cas votre opinion à chaque fois qu’intervient un gendarme et cette opinion est totalement irresponsable.

Je n’irai pas plus loin. J’ai un week-end qu’il faut gérer et je ne crois pas que Laurent Joffrin soit apte à le rendre agréable, ou même intéressant.

(1) http://www.liberation.fr/actualite/politiques/elections2007/244420.FR.php
(2) http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-823448,36-890084,0.html

44 Réponses à “Joffrin m’énerve”


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  • c’est vrai qu’avec le temps, plus le temps passe, et plus quand j’entend « Libé » j’ai envie de sortir ma batte de base-ball…

  • Chère Camille,

    Je viens d’envoyer cet article sur la boite de Joffrin, à Libé. Peut-être daignera-t’il venir nous contredire ici. J’en doute, mais sait-on jamais. En attendant, bon week end !

  • aaaah, un week-end, si seulement…

    ce serait amusant que Joffron se pointât ici. c’est une bonne idée…

  • Coucou Halio,

    Je partage votre coup de gueule sur tous les points… Inutile d’en rajouter sur le sujet évidemment. Mais ce débat va plus loin.

    Ce qui me mine le plus pour ma part, c’est les tensions extrêmes qui se développent autour de moi. La partie de mon entourage « joffriniste », si je puis dire, que j’aime et je respecte au plus au point malgré son joffrinisme, me fait une sorte de chantage affectif assez odieux. Ma grand-mère m’a affirmé que si je votais Sarkozy, je n’étais plus sa petite fille! Ca va loin quand même, d’ailleurs je lui ai dit qu’elle ne saurai rien de mon vote mais elle se doute bien qu’il y a torse bombé sous gravillon. Bref, on n’est pas loin du totalitarisme affectif, c’est flippant!

    Moi je me fiche que mes amis et mes parents votent Sarkozy ou Bezancenot, on est adultes et responsables en république.

  • Chère Camille,

    Amusant en effet, mais je ne lui ai proposé aucun cachet de pigiste, donc, ça m’étonnerait (je suis petit sur ce coup-là !).

    Bon boulot, alors. J’espère que Chéri est là pour vous soutenir le moral au moins.

  • Chère Elise,

    Oui, ce totalitarisme est effrayant ! J’ai même entendu un de mes amis m’expliquer que Ségolène était une conne, que les éléphants du PS étaient complètement ringards, qu’il ne détestait pas Sarkozy, MAIS, qu’il n’allait pas quand même voter à droite, non mais des fois, lui, un artiste ! (ceci est à peine une caricature).

    Bravo pour votre courage vis-à-vis de votre Grand-mère, dont vous resterez quand même la chichounette, j’en suis certain.

  • Elise,

    Vous croyez vraiment qu’on est adulte et responsable quand on vote Bezancenot ?

  • Evidemment, les menaces de ma grand-mère sont vaines, je resterai éternellement la première née de sa smala de petits enfants, la perfection incarnée en brune (mon unique consinE est blonde et trop jeune pour voter, la pauvre enfant!)

    Quant à la question de savoir qui est adulte et esponsable, je laisse chacun en juger en son fort intérieur, je ne suis pas sûre de l’être systématiquement… C’est vrai que je me suis rendue compte que quelque chose clochait le jour où mon ex m’a dit que si José Bové se présentait, il voterait pour lui des deux mains. Il me faut un Chéri qui me soutienne dans mon vote… (lol)

    Malgré tout il y a des gens qui en ont marre de voter à gauche pour voir ressurgir les arrières gardes dont on ne veut plus…

  • Je vous soutiens dans votre vote.

  • héhé… mon chéri à moi ne vote pas pour des tas de raisons : il est contre le système de désignation des candidats, entre autres, (il a de très bonnes raisons que je désapprouve mais que je respecte, après tout il faut être tolérant dans son foyer). effectivement, le plus dingue à propos de cette élection, c’est que j’entends dire des choses comme « bon, de toute façon, je vais voter socialiste, mais j’aime pas ségolène ». on dirait que penser à droite – ou simplement ne pas penser socialaud comme dit si bien notre ami Artemus – c’est déjà le mal incarné. l’horreur. l’abomination. on s’empêche de voter autre chose que la gauche, au nom d’un sacro-saint principe. lequel? mystère et bulle de savon..

    à propos de torse bombé, je suis allée voir « 300″ avec Chéri, et c’est très bien. au moins, les spartiates sont drôlement plus sexy que Sarkozy -ce qui est aisé, je vous l’accorde.

  • Camille,

    « Penser » à droite ? Mais vous n’y pensez pas ! (héhé)

    Je soutiens Chéri, j’ai failli penser comme lui. (héhé number 2)

    Sarko pas sexy ? Je connais assez bien une de ses premières petites amies et je doute fort qu’elle ne l’ai pas trouuvé sexy (sorry Agnès and héhé number 3)

  • Substitution d’un Halio à un chéri, étrange micmac… Bref.

    Moi je le trouve sexy Sarko, toujours plus que Bayrou en tout cas (clin d’oeil à Funny friend qui ne doit pas s’aventurer jusqu’ici, mais au cas où…)
    L’archétype même de l’homme du pouvoir intelligent, énergique et ambitieux, moi ça me branche pluq qu’un minet efféminé à chausures pointues (au hasard) ou un footballeur transpirant, ou un artiste inspiré à cheveux longs et converses usées.

  • Sarkozy est incontestablement intelligent, énergique et ambitieux, de là à dire qu’il est sexy… Mais vous êtes meilleure juge, c’est évident, et je ne m’imiscierai donc pas dans cette partie du débat.

  • Salut Halio,

    Toi aussi tu te mets à nous chanter les vertus de l’ordre établi?

    Mais keske vous avez tous en ce moment? Vous vous faites votre crise de pureté? C’est pas que je sois contre hein? Mais je sais où ça mène: la déception (dans le meilleur des cas).

    Ecoute, on va pas en faire un plat de cette histoire: dés qu’il y a un truc à payer, même simplement un ticket de RER, il y a toujours des branleurs qui nous cassent les couilles pour pas payer. Bon. Les contrôleurs sont là pour ça. Et il y a toujours des branleurs pour trouver les contrôles injustes. Bon. Les flics sont là pour ça. Et il y a toujours des branleurs pour trouver les flics violents. Bon. Les juges sont là pour ça. Et il y a toujours des branleurs pour trouver les juges injustes. Bon. Les journalistes sont là pour ça. Et il y a toujours des branleurs pour trouver que les journalistes sont achetés. Bon. Il nous reste au moins les hommes politiques.

    Mais il y a toujours des branleurs pour trouver qu’ils sont tous pourris. Mais le pape est là pour ça.

    Etc. Sans fin.

  • Finalement, si j’ai bien compris, tu t’en fous un peu, non ?
    Remarque, t’as pas complètement tort. Et puis, ne dit-on pas qu’il faut une certaine dose de sagesse pour ne pas tout prendre au pied de la lettre ?

    Tschok le sage ? L’idée m’amuse.

  • Salut Halio,

    Moi aussi elle m’amuse cette idée. Nan, chuis pas sage. Simplement, je ne vois pas trop ce que l’on peut dire de profond après une émeute déclenchée indirectement par un type qui prend pas son ticket.

    On va avoir quoi, en pratique?

    A gauche ceux qui pense que toute émeute étant à la base un mouvement populaire, elle exprime mécaniquement une forme de mécontentement, dont ils se font les interprètes. Ici, le mécontentement dont on parle est celui contre la police, et par contagion, contre la politique de sarko, donc sa candidature.

    Okéééé.

    A droite, ceux qui pensent que l’époque est laxiste et qu’une émeute quelle qu’elle soit révèle une perte des valeurs authentiques, ce qui justifierait selon eux un tour de vis supplémentaire, ce qui montrerait bien que sarko était sur la bonne voie quand il était ministre de l’intérieur et qu’il fera mieux en tant que président.

    Okéééééé.

    Bon ben tout va bien: on a un bon vieux débat gauche droite comme on les aime. En quoi ça change nos vie? Hum?

    Alors que ce qui change nos vie, c’est pas ça. C’est se poser la question: kesk’il faut faire dans nos sociétés pour avoir une police de qualité, dont l’autorité morale et les compétences ne seraient pas sans cesse remises en cause à la première (mini) émeute venue?

    Seulement ça c’est le genre de débat qui fait descendre dans des considérations techniques et pragmatiques qui, en général, font chier la plupart des gens.

    Il est bien plus marrant de s’invectiver à la façon des intellos comme au temps de la guerre froide. Donc moi je regarde et je compte les points.

  • Tschok,

    Je ne suis pas certain de bien comprendre ton argumentation. Pour toi l’important est donc de définir « ce qu’il faut faire dans nos sociétés pour avoir une police de qualité… », et tu places l’autorité morale et la compétence comme faisant partie des critères de jugement de cette qualité. Jusque là, je suis d’accord avec toi à 100%.

    Tu semble dire aussi qu’il est vain de s’inscrire dans la polémique droite-gauche, gauche-droite. Etant donnée la qualité habituelle de cette polémique, je serais tenté de te rejoindre également la-dessus.

    Mais ta description de ladite polémique sur le sujet de la police ne me convainc pas, mais alors pas du tout. Pourquoi ? Parce que je ne pense pas qu’elle se limite aux arguments que tu cites et que je pense au contraire que l’on débat effectivement ici de l’autorité morale et de la compétence de la police, ou, plus largement de celles de l’état en général.

    Deux conceptions s’opposent en fait. La perception de gauche se limite finalement à une démocratie-peuple-souverain ou le peuple peut faire n’importe quoi sans qu’on le lui reprocche, parce qu’il est le peuple. Quoiqu’il arrive dans ce schéma, l’état a tort, surtout lorsque c’est les autres qui gouvernent.

    La conception de droite, telle du moins qu’elle est exposée par Sarkozy dans son projet (et par François Fillon dans son livre « La France peut supporter la vérité ») consiste à redonner une autorité morale à la notion d’état (par un parlement fort et par une responsabilisation du Président). L’idée est que le peuple est souverain, oui, mais que sa souveraineté s’exerce d’abord et avant tout par l’élection, et pas par une émeute à chaque fois qu’un petit groupe est en colère.

    Je n’aime pas vraiment cette France normée que tu attaques dans un de tes commentaires chez Gai-Luron, je ne suis pas fana de Sarkozy en tant qu’homme (et ça n’a de toute façon aucune importance) et je doute de ses capacités à tenir toutes ses promesses, mais si j’ai finalement décidé de voter pour lui, c’est beaucoup pour sa volonté de redonner un peu de couilles à cet état mashmallow dont nous souffrons depuis trente ans. Et ce n’est pas parce qu’on lui donne des « cojones » que l’état devient nécessairement fascho, etc.

    Bon, maintenant, une remarque : je n’avais pas commencé ce blog pour parler politique, un sujet qui m’emmerde d’habitude autant que les cours de la bourse ou le dernier flirt de Leonardo di Caprio. Mais contrairement à ce que pensent beaucoup (surtout la presse étrangère) je trouve que le débat qui s’instaure est passionnant et que les choix de société qui se discutent ne peuvent me laisser indifférent. Alors non, je ne resterai pas assis comme je le fais d’habitude à compter les points, mais j’essaierai d’en marquer.

    Bon, je te laisse, un certain Tschok me laisse des commentaires un peu partout et si je n’y réponds pas, je vais encore passer pour un mou du neurone. Et moi, les mecs qui veulent me faire passer pour un mou du neurone, comme dirait Hoekelet, je leur « bouche une oreille ».

  • Oui, je partage aussi ce point de vue, au moins en partie.

    Mais distinguons deux problèmes.

    D’un côté il y a les débats à la suite de faits divers. Quand la police est impliquées, ce qui est le cas dans une émeute, ces débats sont toujours « polarisés » de façon assez classique et pour tout dire, lassante.

    Alors que ce dont on parle renvoie souvent à un problème d’efficacité de l’action policière dans le respect du droit, ce qui n’est pas un problème politique, mais technique.

    D’un autre côté, il y a ce dont tu parles et qui est la reconstruction de l’autorité morale de l’Etat, fortement dépréciée durant ces 30 dernières années (tout à fait d’accord sur la chronologie) non pas à cause du peuple, mais à cause des élites gouvernantes (scandales politico-financiers, scandales de santé publique, instrumentalisation des fonctions publiques par les élus, laissé faire devant les évolution économiques, etc).

    Mais je ne vois pas en quoi une émeute se raccorde à cette question là. C’est une banale opération de police.

    A moins de penser que l’autorité morale de l’Etat ne peut se reconstruire qu’à coups de matraque, idée qui est prêtée l’air de rien à sarko, et qui effectivement mérite discussion.

  • Claro que no ! (J’aurais jamais dû aller au Mexique moi)

    Bien sûr qu’une émeute réduite à coups de matraque ne reconstitue en rien l’autorité de l’état ! (Je sais d’ailleurs que tu sais que je n’ai pas dit ça). C’est l’exploitation des coup de matraques qui me prend la tête (mouarf).

    Donc, entièrement d’accord avec ce dernier commentaire !!!

  • Oui, je ne te prêtais pas cette sombre pensée :)

    Mais il faut garder à l’esprit qu’elle est commune dans la culture de certains hommes politiques. Un Papon à la préfecture de police, qui fait tirer sur des manifestants algériens, pensait sincèrement défendre l’autorité de l’Etat, menacée selon lui. Ce type d’homme se révèle dans les moments de crise, même actuellement, et il me semble que notre histoire devrait nous inviter à les écarter doucement mais fermement du pouvoir.

    Or, sarko tient un discours qui met l’autorité de l’Etat au même niveau que la matraque. Il dit en substance que nous allons restaurer l’autorité de l’Etat en mettant plus de policiers dans la rue pour taper sur les mécréants.

    Mais non, Monsieur Sarkozy: l’autorité de l’Etat se restaure autrement. En adoptant un comportement exemplaire, pourquoi pas? Et là, mes yeux se tournent vers l’écran de ma télé qui diffusait hier les images d’un reportage qui m’informe que notre bien aimé ministre de l’intérieur a bénéficié de largesses de la part d’un promoteur et que l’évaluation de son appart à Neuilly est critiquable au regard de l’ISF.

    Donc Monsieur la Loi est prêt à faire des exceptions, pourvu que ces exceptions s’appliquent d’abord à sa personne.

    Bon. Je ne hurle pas au scandale, mais je constate que ceux qui ont dans la bouche les mots de loi et d’autorité sont souvent ceux qui devraient commencer par les appliquer à eux mêmes avant de venir nous faire chier pour nous imposer leur conception de la morale, comme si on était des nazes. Et c’est aussi valable pour la vierge du Poitou.

    Non? Tu trouves pas qu’ils sont énervants, à force?

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