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Archive journalière du 7 avr 2007

Onfray sidéral

Monsieur Onfray,

Je vous lis avec une certaine régularité et ne le ferais sans doute pas si je ne trouvais pas dans vos pages un certain nombre d’idées qui sont au centre de mes intérêts. Je ne le ferais sans doute pas non plus si je ne trouvais jamais dans vos lignes quelques idées qui résonnent plutôt bien avec les miennes et me permettent de les argumenter avec un peu plus de talent. Et pourtant …

Et pourtant je ne vous aime pas, du moins, de moins en moins et j’aimerais retracer avec vous quelques-unes des étapes qui me font dire ceci.

Tout a sans doute commencé avec votre « Traité sur l’athéologie », que je m’empressais d’acheter sur les conseils d’amis qui, me sachant athée, pensaient que j’y trouverai matière à renforcer mon point de vue, ou à en débattre sur des bases solides. J’ai donc fait partie des deux ou trois cent mille lecteurs qui ont, a priori, classé votre livre parmi leurs favoris. Erreur rapidement corrigée lorsque je constatais la rage que vous employiez à combattre toute idée de religion, oubliant trop rapidement, me semble-il, l’impact considérable et parfois même positif qu’ont eu les religions sur toutes (je dis bien » toutes ») les civilisations. Erreur définitivement corrigée lorsque je constatais qu’en définissant la notion d’athéologie vous en faisiez une idéologie. Vouloir déconstruire les mythes est une chose et je vous accorde qu’il faut « partir du réel et construire avec celui-ci » (bien que la notion du réel soit elle-même discutable, mais c’est une autre histoire). Mais déconstruire ne suffit pas, il ne suffit pas de conspuer, de réfuter, ni même parfois de prouver que quelque chose est faux pour que la preuve du contraire existe. Réfuter le déluge en se référant à l’épopée de Gilgamesh, rire du Paradis en parlant des jardins de la Perse, se gausser des trois jours du Christ en racontant ceux d’Osiris, ce n’est pas suffisant pour agrémenter le débat d’une once de progrès. Le vrai débat est celui de la compréhension du phénomène religieux et de ses symboles et c’est un débat qu’il faut aborder avec beaucoup de respect, de prudence et de compréhension. Je n’ai trouvé aucune de ces trois qualités dans votre livre et l’ai donc vite placé sur les étagères du haut de ma bibliothèque, celles qui prennent la poussière.

J’ai lu ensuite vos Féeries Anatomiques, auxquelles je ne suis pas certain d’avoir compris grand chose et que je ne critiquerai donc pas ici, même négativement. Il est pour le moment en stand-by sur une des étagères « philosophie à relire » et j’y reviendrai donc un jour pour tenter de comprendre votre approche sur les relations entre chrétiens et bioéthique. Peut-être.

Puis vint votre « Contre-histoire de la philosophie », dans laquelle je trouvais rapidement matière à satisfaire mes pulsions hédonistes. Mieux, j’y trouvais exposées clairement certaines de mes idées, telle cette critique de l’idéalisme, exposée par vous comme « une possibilité pour l’homo sapiens qui consacre scrupuleusement toute sa vie à mourir de son vivant, de connaître la félicité angélique d’une destinée post mortem » (Tome 1 – Page 18), ou bien cette notion d’un « christianisme conçu comme une gnose qui a réussi » (Tome 2 – page 39). C’est donc sur la base de quelques idées fortes et positives que j’abordais votre lecture ; heureux de découvrir un peu de ces Leucippe, Philèbe, Philodème de Gadara, Cérinthe ou Willem Cornelisz qui m’aideraient à passer pour érudit lors de quelque dîner très citadin, heureux, aussi, d’approfondir ma maigre connaissance d’Epicure, de Lucrèce, d’Erasme et de Montaigne, tous trop délaissés par nos faibles cursus, même si certains sont peu recommandables (tel ce Jean de Brno, initiateur selon vous d’un radicalisme de la pensée hédoniste). Fort des quelques renseignements tirés de vos écrits, je me dirigeais donc vers d’autres sources. Il y en a peu, effectivement, mais je citerai quand même l’Erasme de Stefan Zweig, livre magnifique écrit par un homme magnifique. Oserais-je dire que votre édifice s’est rapidement écroulé par ces lectures et que je ne considère plus, comme vous, qu’il suffit de mettre dos-à-dos l’idéal platonicien et les philosophies alternatives pour décrire l’état réel de la pensée humaine. Une fois de plus, vous me semblez pécher par votre haine d’un système établi. Vous rejetez l’idéalisme, vous ne le remplacez par rien, si ce n’est par l’exposé presque lassant d’une « alter-philosophie ». Toute « contre histoire de la philosophie » qui n’étudierait qu’un seul de ses aspects me paraît bien insuffisante si elle consiste surtout à rejeter les autres. Merci, néanmoins de nous avoir fait mieux connaître certains de ces personnages, disons simplement que j’aurais préféré les connaître par un autre que vous.

J’en viens à votre stature politique, incontournable en cette période d’élection et plus particulièrement depuis votre dialogue manqué (par qui ?) avec Nicolas Sarkozy.

Le fait que je trouve votre soutien à José Bové très ridicule n’intéresse que moi et je ne m’étendrai donc pas dessus. Passons directement au fameux entretien.

Vous attaquez Monsieur Sarkozy sur (entre autres) ses propos sur la génétique et vous avez raison. Monsieur Sarkozy a fait une erreur, grave, celle de s’exprimer sur un sujet qu’il ne connaissait pas. Je note pourtant que la thèse d’Alda Ambrosio, chercheuse de l’unité de génétique clinique et moléculaire de l’Institut de Médecine Légale, soutenue en Juillet 2006, s’intéresse aux gènes responsables des maladies comportementales et plus particulièrement à ceux de la schizophrénie et des maladies bipolaires, avec quelques résultats positifs sur le « gène de susceptibilité au suicide, à la drogue et à l’alcool ». Le site informationhospitalière.com, qui fait part de cette thèse, explique que « la relation entre gène et maladie comportementale a déjà fait l’objet de plusieurs études dont il est ressorti que la corrélation entre la génétique et ces maladies est forte, mais (que) ces résultats ont toujours été dévalorisés pour des raisons psychologiques ». Le généticien Axel Kahn explique quant à lui, dans une tribune publiée par Marianne et citée par Le Monde, que « la vision d’un gène commandant un comportement complexe tel que ceux conduisant à l’agressivité, à la violence, à la délinquance, à la dépression profonde avec dérive suicidaire, est ridicule et fausse », contredisant donc Alda Ambrosio. Rien bien sûr n’est prouvé, et je maintiens avec vous que Nicolas Sarkozy a eu tort de se prononcer sur le sujet lorsque la science elle-même s’y contredit parfois. Puis je tombe sur votre réponse aux raëlistes lorsque ces « crétins sidéraux » vous ont attribué le titre de prêtre honoraire du mouvement, titre que vous avez bien entendu refusé : « Faut-il demander qu’on lise Féeries anatomiques pour constater que j’ai montré que le clonage reproductif ne générait pas de l’Autre mais du Même et que, conséquemment, il ne présentait aucun intérêt ? »(1). Je m’amuse à penser que si seul le Même sort du Même lors d’un clonage, vous devez en conclure qu’il existe une relation directe entre la génétique et le comportement (du moins lorsque cela vous arrange…). Entendons-nous, je ne suis ni pour, ni contre cette thèse et ne m’estime pas le droit d’une opinion lorsque les spécialistes eux-mêmes semblent se disputer sur elle, mais je vous réfute le droit d’attaquer Sarkozy sur ce thème lorsque vous semblez vous-même confus sur le sujet. Je vous réfute surtout le droit, à vous et au Docteur Kahn, d’affirmer que Monsieur Sarkozy confirme par cette bévue « ses liens idéologiques avec la nouvelle droite ».

Je vous le réfute d’autant plus lorsque je constate que tout le reste de votre article sur cet entretien ne comporte qu’insultes, haine de l’autre et rhétorique approximative sur les notions d’état, de droit, etc…, lorsque je vous vois décrire la Place Beauvau comme « épicentre de la stratégie et de la tactique politique policière, espace du cynisme en acte, officine du machiavélisme en or d’Etat, et portraits des figures disciplinaires de l’histoire de France représentées en médaillons d’austères sinistres. » Ou lorsque je vous entends parler des « odeurs de sang et de remugles primitifs, traces de bile et de fiel, le sol ressembl(ant) à la terre battue jonchée d’immondices après une cérémonie vaudoue… » en décrivant la scène. Ciel ! Et vous en êtes sorti vivant ?

Alors, je mets tout ce que j’apprends de vous par ma lecture dans un seul paquet, celui dans lequel j’enveloppe également cette haine primaire pour tout ce qui n’est pas vous, c’est-à-dire athée, libertaire, alter mondialiste et satisfait. Et jugeant tout ceci un peu insuffisant pour vous garder dans les belles étagères vous relègue donc dans la poussière du haut, ou plutôt celle du bas.

(1) Raël, crétin sidéral ou la mauvaise odeur des journalistes – Michel Onfray 16 mars 2006 –




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