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Archive journalière du 5 sept 2007

Ré gâte …

Oui, je sais, c’est sans doute l’un de mes plus mauvais jeux de mots depuis longtemps, mais vous me connaissez un peu maintenant : je ne peux jamais résister à des tentations almanach-vermotesques dont ne voudrait même pas l’un de nos pires histrions.

Bon, revenons à nos moutons. Et, a propos de moutons, rappelons que ces petits brins d’écumes sur la crête des vagues s’appellent bien « moutons » et qu’ils apparaissent panurgesquement autour de 4 beaufort ; soit un vent de jeune fille pour les initiés, mais une inscription directe au Club Sous-le-Vent pour les néophytes, surtout dans le Perthuis Breton.

Mais je m’écarte, je m’écarte, et les pauvres visiteurs de ce sinistre blog se perdront vite dans ces méandres aussi introductifs qu’improductifs puisqu’ils ne savent pas qu’Elise, Raph, Christophe, Coincoin, Tatianus ainsi que votre dévoué serviteur, tous fervents admirateurs d’un coquillage peu probable (et vice versa), se sont retrouvés chez Christophe pour un week-end à La Rochelle afin d’initier ceux d’entre eux qui ne connaissaient pas le Club sous-le-Vent aux immenses joies du mal de mer (Oh, joie, dirait Elise …, mais j’anticipe).

Or, donc, quelques blogueurs téméraires avaient décidé de rencontrer Neptune et puis Eole autour de quelques bouteilles d’un excellent gwen-ru (1).

L’hospitalité de Christophe et l’esprit d’organisation de Raph auraient suffi à promettre des heures vraiment riches, mais sans les talents conjugués de la douce Elise (si si), du merveilleux canard, d’un asymptotique Tatianus (Rhaaaa, l’hypothèse de Riemann …), sans le bonheur du coquillage susnommé de se trouver auprès de vrais amis, Eole, Neptune et Amphitrite auraient pu aller se rhabiller pour nous offrir ce que ce week-end fut.

Le traditionnel avitaillement des débuts d’aventures océanes effectué, on procéda à l’appel complet des équipages devant une bouteille de bon whisky, quelques bouteilles d’excellents vins, le tout suivi d’un merveilleux cognac. L’équipage restait pourtant complet à l’heure du coucher, tard dans la nuit, même si le roulis constaté chez certains pouvait augurer de quelques rêves très maritimes. La nuit fut courte, comme elle peut l’être chez les braves, car le navire devait être rejoint avant que le jusant n’échoue ses nobles courbes sur un sinistre fond de vase ostréicole.

A 8 heures donc, lever des matelots, du Capitaine et première lutte vers la douche, gagnée très haut la main par les filles (combat injuste, puisque les hommes sont galants, par nature). Dès 10 heures, soit à l’heure exacte prescrite par les tables de marées, le corps-mort était lâché et Le Cid, libéré de ses chaînes, s’abandonnait aux mains de Christophe et d’Halio, seuls habilités à lui fournir enfin toute la beauté de sa puissance.

Les premiers clapotis ayant émerveillé ses chers passagers, Le Cid, n’ayant donc tant vécu que pour cette infamie (2), se prit d’un enthousiasme débridé pour des rouleaux naissants et se mit à réjouir les hommes de barre et le cœur des fidèles. Il n’en fallait pas plus pour qu’Elise et Raph ne se mettent à chanter des cantiques, croyant sans doute séduire Neptune par leurs voix de sirènes. Mais Neptune aurait sans doute préféré quelque chanson paillarde, de celles qui font rougir les demoiselles de Paris dans les ports de Bretagne ; appelant Eole à la rescousse (« va, cours, vole, et nous venge … ») (3), il se mit donc promptement à soulever son ventre, à agiter ses intestins. Vous vous doutez, bien sûr, que d’autres intestins furent rapidement soulevés, renversés, tourneboulés, et que certains visages parmi les plus charmants du bord prirent soudainement cette obscure clarté qui tombe des étoiles (4).

« Elise fut la première, mais gardait le sourire,
Coincoin fut solidaire, tout en voulant mourir,
Et le bon Tatianus … se retint de vomir. » (5)

Raph, dont les yeux de Chimène ne quittaient que rarement le barreur, tint bon. Plus ou moins …

On se décida donc à ramener au port cet équipage soudainement morose, mais la marée interdisait pourtant tout retour au mouillage de Loix. Il fallait donc attendre au large ou s’abriter plus près des côtes, et c’est au Fiers d’Ars que Christophe, seigneur du lieu, vint échouer son Cid, enfin doux. (Mais le Cid de Bretagne est plus doux que le normand…. Ouais, bof !).

L’échouage fut de courte durée, l’horaire des marées, une carte locale et la règle des douzièmes ayant permis de définir assez précisément l’heure exacte à laquelle le corps-mort pouvait être atteint, plus à l’Est. Il fut pourtant suffisamment long pour qu’Elise, trop heureuse de déposer enfin ses dix orteils sur quelque chose de stable, ne se mît à nager vers le petit banc de sable que la mer recouvrirait bientôt.

Très bientôt !

Et c’est donc à la nage et le plus rapidement possible qu’Elise, une nouvelle fois, s’extirpât de la vengeance de Neptune, reprenant avec courage sa place sous le vent pour quelques derniers bords. La valeur, dira-t’on, n’attend pas le nombre des années … (6)

Le mouillage fut atteint à l’heure dite, la terre ferme enfin trouvée pour tous et le retour vers la Rochelle fut calme. très calme, ainsi que la soirée.

Le lendemain étant un dimanche, on y partagea dès le matin le groupe en deux parties sensiblement égales, les filles allant faire leur devoir à la cathédrale et les garçons le leur, au café sur le port. Les forces étaient bien revenues, mais nous n’avions plus de navire ni de Christophe, retourné parmi les siens, et le temps nous permit un petit tour en ville pendant lequel Halio saoula le groupe de son passé de marin, lointain passé.

Tous repartaient le soir même vers d’autres horizons, et le combat cessa, faute de combattants (7).

(1) Vin rouge, en breton.
(2) Acte 1 – Scène 4 (Du Cid, bien sûr, bande d’incultes)
(3) Acte 1 – Scène 5
(4) Acte 4 – Scène 3
(5) Celle-là, Corneille n’a pas osé.
(6) Acte 2 – Scène 2 (Yesss, je l’ai placée !)
(7) Acte 4 – Scène 3 (Faciiiile …)




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