Petit retour provisoire

Introduction (Prélude), à un petit essai auquel je travaille actuellement avec ardeur. Certains (certaines) de mes ami(e)s d’ici seront fâché(e)s peut être. Je leur demande pardon et les aime quand même.

Quelques cierges qui se consument, à l’entrée de cette chapelle absidiale. Pénombre ardente, lumière des vitraux. Odeurs de cire qui fond, encens de l’office du matin, odeur de bois aussi, et puis des vieilles pierres. Des fauteuils qui grincent, dans la nef, libérant leurs fidèles de rites accomplis, de transes ineffables. La vieille dame est à son harmonium, monsieur le curé est satisfait, son vin de messe n’était pas trop mauvais. Digne regard d’un beau grand-père, enfin, vers cette vierge immaculée, sur une énorme toile. Souvenirs d’enfants, de joies très catholiques dans une foi naissante. Comment ne pas savoir que tout ceci est beau, que tout ceci est vrai ?

Plus tard, adolescent, lecture de Teilhard, de Nietzsche, de Camus. Petits débuts de grandes questions métaphysiques. Doute. Découverte de la possibilité du choix, et puis – faut-il l’avouer ? – désir d’en découdre avec les certitudes acquises, de se faire « sa propre opinion ». Merveilleuse adolescence qui ne se barricade pas derrière les vérités des anciens.

La science enfin : c’était l’époque où l’on parlait, entre amis et dans la fumée des premières cigarettes, pas toujours pures, de Big Bang, de mécanique quantique, d’infinis de Cantor et de théorème d’incomplétude. Sans rien n’y comprendre, bien entendu, mais en prenant soudain conscience d’un désaccord probable entre les cierges et la relativité restreinte ou générale.

Mais qu’elles sont douces ces racines ! Et que de doutes dissous dans l’écoute d’un requiem, dans la visite d’une cathédrale ou la ferveur des yeux adeptes. Confort des certitudes, nidification de l’esprit.

Voyages. Nombreux. Visites de temples, de mosquée, de synagogues. Partout l’empreinte de ce Dieu, de ces dieux universels, éternels, et cette adoration, partout, toujours. Inébranlable. Intransigeante. C’est peut-être pour cela que j’ai décidé de ne plus aimer Dieu.

Il faut du courage pour renoncer à Dieu, comme il en faut peut-être pour s’y abandonner. Mais il s’agit d’un courage solitaire, celui d’un Trophonius encore souterrain, d’une taupe qui n’espérerait aucune aurore admise, qui veut y renoncer.

Gloria ? Oui, bien entendu. Mais vers qui ?

Credo ? A quoi ?

Agnus Dei ? Oui, c’est bien ça : des agneaux !

Mais agneaux de qui ? Miserere nobis …

Du courage donc, et un certain orgueil.

Beaucoup d’orgueil en fait ! Celui de croire que l’homme peut « être » sans l’intervention d’un être supérieur, qu’il EST cet être supérieur, qu’il a été capable de bâtir, seul, toutes ces divines cathédrales, de composer, seul, ces requiems sublimes, d’écrire, seul, la Messe sur le Monde ou de peindre, seul, la très sainte Genèse.

Seul. Ou tous ensemble.

Tous ensemble ? Mais il faut alors que JE ne sois pas grand chose…

Mortel. Perdu, quelque part au milieu des étoiles. Certain de ma faiblesse. Cette situation est atroce. C’est celle que j’ai choisie.

Car au bout du chemin ….

40 Réponses à “Petit retour provisoire”


1 2
  • Pas mal d’arriver en 4 lignes (celles de la fin) à me faire ressentir le même vertige que celui que je ressentais en lisant Dune… :)

  • Raph,

    Ravi de te revoir dans mon chenal !

    C’est amusant que tu cites Dune, puisque plusieurs thèmes du roman d’Herbert sont au coeur de l’essai sur lequel je travaille : collusion entre religion et pouvoir (Bene Gesserit), dangers du prophétisme, refus de tout maître charismatique (Muad’dib). Mais l’essai risque d’être un peu plus chiant à lire que Dune…

  • … et aura sans doute moins de succès.

  • ben oui, j’y pensais justement en écrivant mon com…
    quant au succès nous verrons bien en tant voulu ;)

  • Tu es pessimiste aujourd’hui. C’est ce moment de l’année qui veut cela ou quoi ?

    « Il faut du courage pour renoncer à Dieu ». Certe. C’est pour cela que, personnellement, j’ai décidé dès le début de ne pas y croire (ou du moins de lui accorder le bénéfice du doute). Parce que justement, j’en manque considérablement, de courage.

  • Titelilia, tu es sage et je respecte ta sagesse. Mais c’est quoi ce « bénéfice du doute » ?

  • Raph,

    Comme tu le dis, en temps voulu. C’est-à-dire quand j’aurai fini de me débattre avec les 25273 idées qui me viennent à l’esprit à chaque fois que je ponds un seul mot de ce putain de texte.

  • « 25273 idées »? C’est tout?!

    Ce « bénéfice du doute », c’est en gros « s’il existe, tant mieux ; s’il n’existe pas, et ben tant pis, je ne vais pas en mourir ».

  • Titelilia,

    « S’il existe, tant mieux » Ah bon, pourquoi ?
    Je sais, je suis emmerdant aujourd’hui…

  • C’est juste une expression.

    « je sais, je suis emmerdant aujourd’hui » Bouorf! on fait avec ; mais tu es quand même pire que mon père quand tu t’y mets.

  • Titelilia,

    J’espère effectivement que ton père est meilleur que moi, en tout cas à tes yeux. Putain, je suis grave …

  • En fait, dans le jeu de l’argumentation toujours poussée au plus loin, je pense que vous êtes à peu près kif-kif. Pour le reste, Dieu seul le sait (et encore, c’est même pas sûre!)

  • Depuis longtemps, je me disais qu’il fallait que je te dise que tu es le seul (avec la lecture de Raymond Aron) à m’avoir fait éprouver quelque chose comme le vertige de la liberté ; probablement ce texte – magnifique – l’explique-t-il mieux que je ne l’aurais fait…

  • Cher Gai-Luron,

    Il n’empêche que cette liberté fout la pétoche et que le prix à payer est élevé. Du moins me donne t’elle l’occasion d’avoir parfois la fierté d’être apprécié par un ami que j’apprécie. Et ça, c’est vraiment bon.

  • Apprécié, admiré, encensé, toujours imité, jamais égalé.

  • Mais mais mais, que vois-je ? qu’entends-je ? qu’ouïs-je ? qu’accoustiqué-je ? Halio serait à l’instar de Mathilde revenu ?
    L’haliotoïx renaît de ses cendres. En plus d’être omniscient, il est donc immortel !
    Le Canard son prophète nous l’avait dit.

    Ah mes amis, je vous salue bien bas. Quelle joie de croiser également Raph et Titelilia. Un amical salut tourangeau à chacun d’entre vous !

  • Tatianus,

    Omniscient, immortel, cela s’apprend. A l’ombre de canards et de « meilleurs-d’entre-nous ». Mais le canard est bien mon prophète : « wa coincouinou rassoul Halio »…

    Tiens, ça me fait penser à un truc nietzschéen que j’ai déjà cité ; « le mariage, c’est la volonté de créer, à deux, l’un qui est supérieur à ceux qui le créerent » (voir gène égoïste).

    Se pourrait-il que Coincoinou soit mon prophète ? Je crains affectivement le pire : le Coincouinisme, c’est pas top comme entrée sur wikipedia… Le Tatianisme, ça en jetterait un peu plus, tu trouves pas ?

    Bon, on se la crée notre secte ?

  • A propos de la secte : je suggère de prendre Coincoin en tant que Saint Paul de l’Haliotisme / Tatianisme : question propagande intelligente, c’est le top ! Faut penser au marketing, merde, quoi.

    Et en plus, on évitera une opération désagréable à nos âges ..

  • Dernier point : vous avez une idée pour la vierge ?

    Les candidatures peuvent être laissées sur ce blog …

  • Même si le tatianisme me plaît bien, il me semble quand même que l’haliotisme s’impose à défaut d’haliocentrisme. Quant à Coincoin, l’étiquette de prophète lui convient mieux que celle d’avorton. Pour ma part, je revendiquerai humblement le titre de grand timonier de l’haliotisme.

1 2

Laisser un Commentaire




plaisanceflorent |
Enaland |
Blog Star Vintage |
Unblog.fr | Créer un blog | Annuaire | Signaler un abus | Linguistique & Mobilisa...
| Les Anciens de l'ENI Zaghou...
| La solution comptable