Archive mensuelle de août 2016

Sur le burkini, c’est décidé, je me mets à nu.

Depuis quelques jours, j’hésite : écrire  ou ne pas écrire sur le burkini ? Donner mon opinion et participer au débat ? Ou me contenter de constater que le débat est devenu fou ? Qu’il n’y a plus de débat, juste un combat entre des idées qui ont perdu leur sens. Et puis je me décide, comme ça, seulement parce qu’il fait chaud aujourd’hui à Paris et que je n’ai le courage de rien faire qui soit plus nécessaire.

Ce sera un peu long, je m’en excuse.

Commençons par un petit florilège des arguments lus ou entendus, que j’énonce volontairement comme ils me viennent, suivis d’une courte réflexion pour chacun d’eux :

- Défense de la liberté individuelle, que l’on peut résumer comme suit : tout individu doit pouvoir se promener dans la tenue qu’il entend, tant qu’il ne nuit pas au bon sens de la pudeur la plus élémentaire.

Elément de réponse : « La liberté commence là où s’arrête celle d’autrui », effectivement. Et l’on peut se demander en quoi le port du burkini pourrait gêner la liberté de celles qui se pavanent, seins nus et fiers, sur les plages bondées du sud de la France, sans ignorer que quelques malotrus ne manqueront pas de les lorgner, mais qui s’en fichent comme d’une guigne.

Conclusion personnelle et provisoire : j’aurais donc tendance à verser cet argument au crédit de ceux qui veulent autoriser le burkini et me dit qu’après tout, si l’on préfère s’affubler d’un drap peu esthétique plutôt que de l’un de ces charmants maillots de bains que les stylistes nous concoctent chaque année, seul le bon goût devrait s’en attrister. Ne se pose donc ici que la question suivante : les femmes qui portent le burkini l’entendent-elles comme un choix personnel ? Si oui, il faut le leur permettre.

- Défense de la liberté des femmes : la femme doit pouvoir préserver sa pudeur du regard concupiscent des phallocrates et puis s’en prémunir.

Elément de réponse : chaque femme doit en effet être libre de préserver sa pudeur ; cela va de soi. Mais l’on a vu si souvent ce chapitre de l’histoire de la mode contrôlé par les hommes, et plus particulièrement par les religions, que j’émettrai toujours un doute quant à la spontanéité du choix des femmes de se couvrir de pied en cap. Leurs témoignages me convainquent plus lorsqu’il s’agit de brûler spontanément leurs burkas dès le départ des fous barbus que lorsqu’il s’exprime dans les « territoires perdus de la République ».

Conclusion personnelle et provisoire : cette liberté de se couvrir me parait bien factice et je ne peut la penser que dans son contexte religieux. Or on n’a jamais vu la religion se porter au secours de la liberté féminine. Je doute qui plus est que l’Islam soit la première religion à tenter cette percée significative vers un peu plus de liberté.

- Défense de la laïcité : toute représentation ostentatoire de la religion doit être bannie d’une république laïque basée sur la séparation de l’église et de l’état.

Elément de réponse : on semble confondre ici deux idées bien différentes. La séparation de l’église et de l’état, de plus en plus battue en brèche par nos chers élus (qui désirent sans doute et avant tout ne perdre aucune voie confessionnelle) régit les rapports entre deux institutions, ou plutôt justement, en limite les rapports. La laïcité me semble être toute différente, qui régit le rapport entre l’état et les individus : l’état ne doit pas intervenir dans la religion du citoyen. En termes stricts de laïcité, il semblerait donc que l’état ne peut intervenir pour régir une tenue vestimentaire dictée par un sentiment religieux.

Conclusion personnelle et provisoire : le principe de non-ingérence de l’état dans les affaires religieuses paraît essentiel à la plupart de nos sociétés modernes, ce qui constitue sans doute un progrès, qu’il convient de défendre. L’état ne devrait donc pas légiférer sur ce point.

- Refus de l’islamophobie : s’en prendre une nouvelle fois à « ceux qui se mettent en paix et se soumettent » constitue un pas de plus vers l’islamophobie et donc vers le racisme. La richesse de la France tient en sa diversité et nous devons respecter la « différence ».

Elément de réponse : cette confusion entre islamophobie et racisme est la plus absurde de toutes les confusions. La religion n’est pas une race, un point c’est tout. On ne peut s’opposer à l’identité absolument sacrée de l’individu, d’où qu’il vienne, mais on peut en revanche combattre ses idées, et les juger peu compatibles avec celles qui nous définissent.

Conclusion personnelle et provisoire : douter que l’islam puisse enrichir nos sociétés est, depuis al Ghazali, du domaine du bon sens. La grande promesse intellectuelle des débuts de l’Islam est bel et bien révolue et ses mutations récentes viennent à l’encontre de notre lente marche vers un peu moins d’obscurité. Il convient en revanche de lutter toutes griffes tendues contre ceux qui voudraient qu’une couleur de peau ou les traits du faciès définissent quoi que ce soit des qualités d’autrui. Une critique de l’Islam (démarche intellectuelle) ne saurait donc constituer un acte de racisme (démarche de simple haine).

- Rappels d’autres temps : certains rappellent que nos femmes se couvraient sur nos plages il y a moins d’un siècle et s’amusent de voir des nonnes portant cornettes et scapulettes s’ébattre dans les vagues. Pourquoi permettre aux unes ce que l’on interdit aux autres ?

 

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Elément de réponse : il s’agit d’autres temps en effet. Autres temps qui sont devenus habitude dans le cas des religieuses de nos belles campagnes. Nous les jugeons bien ridicules, mais n’y voyons aucune ostentation. Quant à nos femmes du début du 20ème siècle, elles se sont découvertes depuis pour profiter plus librement des rayons du soleil, ce qui fait la fortune de nos cosméticiens et le bonheur de certains mâles.

Conclusion personnelle et provisoire : le rappel du passé n’est pas un argument, surtout lorsque l’on a su se libérer dudit passé. L’évolution de nos sociétés est une longue errance vers un peu plus de liberté, d’égalité et de fraternité. Ne prenons pas nos erreurs comme argument mais plutôt nos progrès, arrêtons de nous flageller pour les méprises de nos ancêtres et félicitons-les au contraire pour toutes les rectifications qu’ils ont apportées à leurs discours et à leurs actes.

- Le burkini est anodin : Il ne s’agit après tout que d’une façon de s’habiller et l’on ne voit pas pourquoi il faudrait en débattre. N’en parlons plus disent certains, ce n’est pas un sujet. Et d’autres d’envisager que ceci ne constitue qu’une tentative de plus de nos gouvernements pour nous éloigner des « vrais problèmes ».

Elément de réponse : mais quels sont-ils, ces vrais problèmes ? Si ce n’est justement la question de qui nous sommes, de ce que nous voulons. Du travail bien sûr, pour survivre en un monde qui nous dépasse de plus en plus. Mais aussi, et de plus en plus, une « identité ». D’où le succès d’un certain parti d’extrême droite.

Conclusion personnelle et provisoire : si le burkini est identitaire, communautaire, il n’est pas anodin. Il ne peut avoir sa place dans notre république. Les anglo-saxons peuvent bien l’accepter et le défendre, mais ils sont anglo-saxons…

- Défense de la pudeur de certaines : après tout, si certaines femmes estiment qu’elles se sentent plus à l’aise lorsqu’elles sont préservées des regards de quelque mâle prédateur et lubrique, on  peut bien les comprendre.

Elément de réponse : Que faut-il corriger ? La nudité des femmes ou la concupiscence des hommes ? Ne serait-il pas plus juste que les hommes arrêtent de scruter de leurs regards baveux la moindre forme féminine plutôt que d’exiger que ces formes, naturelles, se cachent à leur salacité ?

Conclusion personnelle et provisoire : Mesdames, vous aviez acquis cette liberté de vous libérer de nos regards. Ne la perdez pas … vous êtes si jolies.

- Le burkini n’est pas une prescription coranique : c’est vrai. Et alors ? Faut-il le réserver à quelque Islam moderne et dévoyé ? N’y voir que la manifestation des démences de quelques fous d’Allah ? Et dans ce cas, ne faudrait-il pas s’y opposer ?

Elément de réponse : Créé au début des années 2000 par une australienne d’origine libanaise, Aheda Zanetti, le burkini est une marque déposée. Les salafistes le considèrent comme impudique et le rejettent donc.

Conclusion personnelle et provisoire : si le burkini n’est pas une prescription coranique et si les salafistes le rejettent, il se pourrait qu’il ne s’agisse que d’un succès commercial (Aheda Zanetti affirme en avoir vendu plus de 500 000 !). Il convient dès lors de se poser la question de la nature de son argument commercial, et du succès de ce message. Et non, la réponse de la défense contre les dégâts du soleil ne me semble pas très convaincante, ni, on vient de le voir, celui de la pudeur. Le succès du message viendrait-il donc d’une quelconque pression d’une communauté bien définie ?

- Les femmes qui se voilent le font de leur plein gré : il s’agit d’une décision personnelle des femmes concernées, ne les fustigeons pas, quelques soient leurs raisons.

Elément de réponse : il est bien connu que les femmes sont libres de tous leur choix dans les terres d’Islam…

Conclusion personnelle et provisoire : de qui se moque-t-on lorsque l’on affirme que les femmes voilées le font très librement ? Au mieux s’agit-il pour elle d’un repli identitaire. Et ce repli pourrait bien être dicté par leurs frères. C’est du moins ce que nous disent les femmes qui brûlent leur burkas au Kurdistan et dans chaque région libérés des déments.

- Ce n’est pas le moment ! : Etant donnée la succession d’attentats commis en France depuis quelques mois, sans doute conviendrait-il que ces dames soient un plus discrètes quant à certains de leurs messages.

Elément de réponse : il est vrai qu’une grande partie de la population française, même si elle réagit plutôt paisiblement à la pression que lui imposent quelques déséquilibrés fanatiques sous prétextes coraniques, a le droit d’être lassée de certains desdits messages.

Conclusion personnelle et provisoire : si la stratégie des islamistes consiste à nous élever contre leurs délires, ils pourraient bien y parvenir. Sans doute sortent-ils aujourd’hui de leur concept de taqiya (prudence, dissimulation stratégique) parce qu’ils nous sentent faibles. Dans ce cas, il convient de nous montrer fort et de les taire, si et à chaque fois que nous ressentons qu’ils dépassent les bornes. Sinon, ils les dépasseront vraiment.

- Il s’agit d’une rébellion contre l’état français : une étude citée dans le Washinton Post du 24 août indique que de nombreuses femmes porteraient le voile pour indiquer leur rébellion contre l’état français. On me dit également que les ventes de burkini ont triplé depuis le début de ce débat.

Elément de réponse : le même Washington Post cite un dénommé Rachid Nekkaz qui aurait payé plus de 245 000 euros d’amende pour les femmes verbalisées au titre du niqab. Je ne doute pas qu’il s’agisse d’un grand défenseur de la liberté féminine…

Conclusion personnelle et provisoire : se rebeller contre l’état est une réaction bien française, inscrite dans nos gènes, l’une de nos fiertés. Mais il ne s’agit pas ici d’une rébellion contre l’état, il s’agit plutôt d’une rébellion contre les valeurs défendues par les citoyens français, quelle que soit leur origine. Comment ne pas comprendre que certains de ces citoyens s’en offusquent ?

Fort de ces réflexions, je me porte rapidement sur l’évolution du burkini en France. Le ministère de l’intérieur estime que 2000 femmes se voilent actuellement en France (il s’agit des chiffres du niqab), une estimation que de nombreux spécialistes jugent trop haute. Quelque soit les chiffres, ils semblerait effectivement que le phénomène soit assez limité. S’il s’agissait réellement d’une prescription coranique, ne doutons pas un seul instant que le nombre serait plus élevé. Je ne m’en offusquerais d’ailleurs pas trop, fidèle au principe que chacun peut choisir sa religion dans notre république et qu’après tout, ça les regarde. S’il s’agit d’un rejet de notre culture, je deviens un peu moins compréhensif : le respect, tout comme la liberté, doit être partagé et j’aimerais pouvoir ne pas aimer l’Islam sans pour autant me poser la question de mon amitié pour la culture arabe. S’il s’agit d’un choix des femmes qui le portent, je le trouve très laid, tout comme les scapulettes. S’il ne s’agit pas d’un choix, il ne faut pas accepter que des hommes puissent, chez nous, traiter leurs femmes de cette façon.

Conclusion personnelle, et presque définitive cette fois :

Je me trouvais récemment dans un restaurant avec un vieil ami qui tenait depuis quelque temps à me voir m’exprimer sur l’interdiction du burkini sur les plages de Cannes. Sachant que mon discours, quel qu’il soit, pouvait mener à un conflit qu’il recherchait (l’ami en question n’aimant rien plus que vaincre, dusse-t-il dans ce but redéfinir sans cesse chacun des termes de son argumentation afin de mieux tromper son adversaire), je tentais l’esquive en expliquant que, dans le cadre de Cannes, suite aux événements de Nice, dans le contexte du débat actuel sur l’islam, et prenant en considération l’élément de la liberté des femmes, je pouvais peut-être concevoir le raisonnement du maire de Cannes et ne me joindrai donc pas à l’hallali contre sa décision. Lâche jusqu’au bout, j’allais expliquer qu’il me fallait cependant un peu plus de temps pour établir mon jugement sur ce point et que je n’hésiterai donc pas à critiquer la position de monsieur David Lisnard si mes conclusions …

Il ne m’en laissât pas le temps.

Immédiatement rangé dans le clan des « racistes » et des « bigots » (je le cite), toute argumentation supplémentaire de ma part serait jugée à juste titre (du moins dans l’esprit de mon adversaire soudain), comme irrecevable car provenant d’un suppôt du fascisme et sans doute du diable. Spécialiste momentané de l’islam (il lit Le Monde) mon ami me fustigeait sur mon incompréhension totale du monde arabe (j’y ai vécu douze ans) et me sommait de réviser mes connaissances sur le Coran (que je peux encore lire en arabe, bien que plus lentement qu’il y a 15 ans).

J’avoue que j’ai perdu un ami ce soir là et je suis donc sorti du restaurant. Je risque aujourd’hui d’en perdre d’autres en proposant les conclusions suivantes :

-       Je ne dois pas pouvoir juger autrui en raison de sa foi, mais le dénommé « autrui » ne peut me l’imposer dans son discours ou dans ses actes.

-       Les siècles douloureux de mon Histoire sont des souillures dont mes ancêtres on su se libérer progressivement, et je les respecte et les remercie pour ce qu’ils en ont fait.

-       Le corps de la femme est sacré, tel celui de l’homme, et aucune religion abrahamique ne l’a jamais considéré autrement que comme l’instrument du péché.

-       On ne peut à la fois défendre la liberté des femmes et accepter que certains exigent qu’elles se couvrent de draps.

-       L’islam n’est une religion de tolérance que dans le contexte de la taqiya (la prudence), son but déclaré est bel et bien de convertir le monde.

-       J’emmerde ceux qui jouent aux Chamberlain comme j’emmerde ceux qui ont créé l’insondable banqueroute d’une région du monde qui n’en demandait pas tant pour son pétrole. J’emmerde enfin tous les barbus qui se la pète (littéralement) chez nous et puis ailleurs.

Oserais-je citer Manuel Valls, interviewé dans La Provence du 17 août dernier ?  » le burkini n’est pas une nouvelle gamme de maillots de bains, une mode, c’est la traduction d’un projet politique, d’une contre société, fondée notamment sur l’asservissement de la femme ». Une fois n’est pas coutume, je pense qu’il a raison.

Alors, esprit de Churchill ou bien de Chamberlain ? Faut-il se taire, accepter, se coucher, laisser faire, ce qui revient à accepter toutes les provocations d’une idéologie néfaste ? Ou faut-il plutôt se rendre aux barricades et nous défendre contre l’envahisseur, pourchasser l’ennemi ? Dans les deux cas, les extrémistes auront gagné. Mais si nous choisissons de nous taire aujourd’hui, demain, nous serons bien aux barricades. Si nous acceptons tout et n’importe quoi maintenant, les rats de la haine nous dévoreront bientôt.

Non, la France n’est pas devenue hystérique, elle ne fait que réagir comme elle le fait depuis longtemps : en réfléchissant (un peu), en râlant (beaucoup) et en retournant prendre un pastis avec les copains (ou une limonade si les copains sont musulmans). Je la trouve même sereine face aux quelques désastres qu’elle vient de vivre et les rues de Paris semblent heureuses en ces journées de canicule. Oui, nous devons pouvoir discuter du burkini, librement, être pour, être contre, et pour toutes sortes de raisons ; tant que l’un d’entre nous n’est pas traité par l’autre de raciste bigot, de fasciste islamophobe ou d’islamo-gauchiste. C’est dans ce premier discours que la haine commence et ce discours est terrible en ce qu’il évite toute raison, qu’il détruit tout entendement.

Et si un jour les barricades se lèvent, je sais bien de quel côté, alors, je me rangerai : celui des femmes libres et du monde serein dans lequel elles purent vivre pendant quelques années, depuis la nuit des temps, années que j’ai connues.

 




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