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Sur le burkini, c’est décidé, je me mets à nu.

Depuis quelques jours, j’hésite : écrire  ou ne pas écrire sur le burkini ? Donner mon opinion et participer au débat ? Ou me contenter de constater que le débat est devenu fou ? Qu’il n’y a plus de débat, juste un combat entre des idées qui ont perdu leur sens. Et puis je me décide, comme ça, seulement parce qu’il fait chaud aujourd’hui à Paris et que je n’ai le courage de rien faire qui soit plus nécessaire.

Ce sera un peu long, je m’en excuse.

Commençons par un petit florilège des arguments lus ou entendus, que j’énonce volontairement comme ils me viennent, suivis d’une courte réflexion pour chacun d’eux :

- Défense de la liberté individuelle, que l’on peut résumer comme suit : tout individu doit pouvoir se promener dans la tenue qu’il entend, tant qu’il ne nuit pas au bon sens de la pudeur la plus élémentaire.

Elément de réponse : « La liberté commence là où s’arrête celle d’autrui », effectivement. Et l’on peut se demander en quoi le port du burkini pourrait gêner la liberté de celles qui se pavanent, seins nus et fiers, sur les plages bondées du sud de la France, sans ignorer que quelques malotrus ne manqueront pas de les lorgner, mais qui s’en fichent comme d’une guigne.

Conclusion personnelle et provisoire : j’aurais donc tendance à verser cet argument au crédit de ceux qui veulent autoriser le burkini et me dit qu’après tout, si l’on préfère s’affubler d’un drap peu esthétique plutôt que de l’un de ces charmants maillots de bains que les stylistes nous concoctent chaque année, seul le bon goût devrait s’en attrister. Ne se pose donc ici que la question suivante : les femmes qui portent le burkini l’entendent-elles comme un choix personnel ? Si oui, il faut le leur permettre.

- Défense de la liberté des femmes : la femme doit pouvoir préserver sa pudeur du regard concupiscent des phallocrates et puis s’en prémunir.

Elément de réponse : chaque femme doit en effet être libre de préserver sa pudeur ; cela va de soi. Mais l’on a vu si souvent ce chapitre de l’histoire de la mode contrôlé par les hommes, et plus particulièrement par les religions, que j’émettrai toujours un doute quant à la spontanéité du choix des femmes de se couvrir de pied en cap. Leurs témoignages me convainquent plus lorsqu’il s’agit de brûler spontanément leurs burkas dès le départ des fous barbus que lorsqu’il s’exprime dans les « territoires perdus de la République ».

Conclusion personnelle et provisoire : cette liberté de se couvrir me parait bien factice et je ne peut la penser que dans son contexte religieux. Or on n’a jamais vu la religion se porter au secours de la liberté féminine. Je doute qui plus est que l’Islam soit la première religion à tenter cette percée significative vers un peu plus de liberté.

- Défense de la laïcité : toute représentation ostentatoire de la religion doit être bannie d’une république laïque basée sur la séparation de l’église et de l’état.

Elément de réponse : on semble confondre ici deux idées bien différentes. La séparation de l’église et de l’état, de plus en plus battue en brèche par nos chers élus (qui désirent sans doute et avant tout ne perdre aucune voie confessionnelle) régit les rapports entre deux institutions, ou plutôt justement, en limite les rapports. La laïcité me semble être toute différente, qui régit le rapport entre l’état et les individus : l’état ne doit pas intervenir dans la religion du citoyen. En termes stricts de laïcité, il semblerait donc que l’état ne peut intervenir pour régir une tenue vestimentaire dictée par un sentiment religieux.

Conclusion personnelle et provisoire : le principe de non-ingérence de l’état dans les affaires religieuses paraît essentiel à la plupart de nos sociétés modernes, ce qui constitue sans doute un progrès, qu’il convient de défendre. L’état ne devrait donc pas légiférer sur ce point.

- Refus de l’islamophobie : s’en prendre une nouvelle fois à « ceux qui se mettent en paix et se soumettent » constitue un pas de plus vers l’islamophobie et donc vers le racisme. La richesse de la France tient en sa diversité et nous devons respecter la « différence ».

Elément de réponse : cette confusion entre islamophobie et racisme est la plus absurde de toutes les confusions. La religion n’est pas une race, un point c’est tout. On ne peut s’opposer à l’identité absolument sacrée de l’individu, d’où qu’il vienne, mais on peut en revanche combattre ses idées, et les juger peu compatibles avec celles qui nous définissent.

Conclusion personnelle et provisoire : douter que l’islam puisse enrichir nos sociétés est, depuis al Ghazali, du domaine du bon sens. La grande promesse intellectuelle des débuts de l’Islam est bel et bien révolue et ses mutations récentes viennent à l’encontre de notre lente marche vers un peu moins d’obscurité. Il convient en revanche de lutter toutes griffes tendues contre ceux qui voudraient qu’une couleur de peau ou les traits du faciès définissent quoi que ce soit des qualités d’autrui. Une critique de l’Islam (démarche intellectuelle) ne saurait donc constituer un acte de racisme (démarche de simple haine).

- Rappels d’autres temps : certains rappellent que nos femmes se couvraient sur nos plages il y a moins d’un siècle et s’amusent de voir des nonnes portant cornettes et scapulettes s’ébattre dans les vagues. Pourquoi permettre aux unes ce que l’on interdit aux autres ?

 

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Elément de réponse : il s’agit d’autres temps en effet. Autres temps qui sont devenus habitude dans le cas des religieuses de nos belles campagnes. Nous les jugeons bien ridicules, mais n’y voyons aucune ostentation. Quant à nos femmes du début du 20ème siècle, elles se sont découvertes depuis pour profiter plus librement des rayons du soleil, ce qui fait la fortune de nos cosméticiens et le bonheur de certains mâles.

Conclusion personnelle et provisoire : le rappel du passé n’est pas un argument, surtout lorsque l’on a su se libérer dudit passé. L’évolution de nos sociétés est une longue errance vers un peu plus de liberté, d’égalité et de fraternité. Ne prenons pas nos erreurs comme argument mais plutôt nos progrès, arrêtons de nous flageller pour les méprises de nos ancêtres et félicitons-les au contraire pour toutes les rectifications qu’ils ont apportées à leurs discours et à leurs actes.

- Le burkini est anodin : Il ne s’agit après tout que d’une façon de s’habiller et l’on ne voit pas pourquoi il faudrait en débattre. N’en parlons plus disent certains, ce n’est pas un sujet. Et d’autres d’envisager que ceci ne constitue qu’une tentative de plus de nos gouvernements pour nous éloigner des « vrais problèmes ».

Elément de réponse : mais quels sont-ils, ces vrais problèmes ? Si ce n’est justement la question de qui nous sommes, de ce que nous voulons. Du travail bien sûr, pour survivre en un monde qui nous dépasse de plus en plus. Mais aussi, et de plus en plus, une « identité ». D’où le succès d’un certain parti d’extrême droite.

Conclusion personnelle et provisoire : si le burkini est identitaire, communautaire, il n’est pas anodin. Il ne peut avoir sa place dans notre république. Les anglo-saxons peuvent bien l’accepter et le défendre, mais ils sont anglo-saxons…

- Défense de la pudeur de certaines : après tout, si certaines femmes estiment qu’elles se sentent plus à l’aise lorsqu’elles sont préservées des regards de quelque mâle prédateur et lubrique, on  peut bien les comprendre.

Elément de réponse : Que faut-il corriger ? La nudité des femmes ou la concupiscence des hommes ? Ne serait-il pas plus juste que les hommes arrêtent de scruter de leurs regards baveux la moindre forme féminine plutôt que d’exiger que ces formes, naturelles, se cachent à leur salacité ?

Conclusion personnelle et provisoire : Mesdames, vous aviez acquis cette liberté de vous libérer de nos regards. Ne la perdez pas … vous êtes si jolies.

- Le burkini n’est pas une prescription coranique : c’est vrai. Et alors ? Faut-il le réserver à quelque Islam moderne et dévoyé ? N’y voir que la manifestation des démences de quelques fous d’Allah ? Et dans ce cas, ne faudrait-il pas s’y opposer ?

Elément de réponse : Créé au début des années 2000 par une australienne d’origine libanaise, Aheda Zanetti, le burkini est une marque déposée. Les salafistes le considèrent comme impudique et le rejettent donc.

Conclusion personnelle et provisoire : si le burkini n’est pas une prescription coranique et si les salafistes le rejettent, il se pourrait qu’il ne s’agisse que d’un succès commercial (Aheda Zanetti affirme en avoir vendu plus de 500 000 !). Il convient dès lors de se poser la question de la nature de son argument commercial, et du succès de ce message. Et non, la réponse de la défense contre les dégâts du soleil ne me semble pas très convaincante, ni, on vient de le voir, celui de la pudeur. Le succès du message viendrait-il donc d’une quelconque pression d’une communauté bien définie ?

- Les femmes qui se voilent le font de leur plein gré : il s’agit d’une décision personnelle des femmes concernées, ne les fustigeons pas, quelques soient leurs raisons.

Elément de réponse : il est bien connu que les femmes sont libres de tous leur choix dans les terres d’Islam…

Conclusion personnelle et provisoire : de qui se moque-t-on lorsque l’on affirme que les femmes voilées le font très librement ? Au mieux s’agit-il pour elle d’un repli identitaire. Et ce repli pourrait bien être dicté par leurs frères. C’est du moins ce que nous disent les femmes qui brûlent leur burkas au Kurdistan et dans chaque région libérés des déments.

- Ce n’est pas le moment ! : Etant donnée la succession d’attentats commis en France depuis quelques mois, sans doute conviendrait-il que ces dames soient un plus discrètes quant à certains de leurs messages.

Elément de réponse : il est vrai qu’une grande partie de la population française, même si elle réagit plutôt paisiblement à la pression que lui imposent quelques déséquilibrés fanatiques sous prétextes coraniques, a le droit d’être lassée de certains desdits messages.

Conclusion personnelle et provisoire : si la stratégie des islamistes consiste à nous élever contre leurs délires, ils pourraient bien y parvenir. Sans doute sortent-ils aujourd’hui de leur concept de taqiya (prudence, dissimulation stratégique) parce qu’ils nous sentent faibles. Dans ce cas, il convient de nous montrer fort et de les taire, si et à chaque fois que nous ressentons qu’ils dépassent les bornes. Sinon, ils les dépasseront vraiment.

- Il s’agit d’une rébellion contre l’état français : une étude citée dans le Washinton Post du 24 août indique que de nombreuses femmes porteraient le voile pour indiquer leur rébellion contre l’état français. On me dit également que les ventes de burkini ont triplé depuis le début de ce débat.

Elément de réponse : le même Washington Post cite un dénommé Rachid Nekkaz qui aurait payé plus de 245 000 euros d’amende pour les femmes verbalisées au titre du niqab. Je ne doute pas qu’il s’agisse d’un grand défenseur de la liberté féminine…

Conclusion personnelle et provisoire : se rebeller contre l’état est une réaction bien française, inscrite dans nos gènes, l’une de nos fiertés. Mais il ne s’agit pas ici d’une rébellion contre l’état, il s’agit plutôt d’une rébellion contre les valeurs défendues par les citoyens français, quelle que soit leur origine. Comment ne pas comprendre que certains de ces citoyens s’en offusquent ?

Fort de ces réflexions, je me porte rapidement sur l’évolution du burkini en France. Le ministère de l’intérieur estime que 2000 femmes se voilent actuellement en France (il s’agit des chiffres du niqab), une estimation que de nombreux spécialistes jugent trop haute. Quelque soit les chiffres, ils semblerait effectivement que le phénomène soit assez limité. S’il s’agissait réellement d’une prescription coranique, ne doutons pas un seul instant que le nombre serait plus élevé. Je ne m’en offusquerais d’ailleurs pas trop, fidèle au principe que chacun peut choisir sa religion dans notre république et qu’après tout, ça les regarde. S’il s’agit d’un rejet de notre culture, je deviens un peu moins compréhensif : le respect, tout comme la liberté, doit être partagé et j’aimerais pouvoir ne pas aimer l’Islam sans pour autant me poser la question de mon amitié pour la culture arabe. S’il s’agit d’un choix des femmes qui le portent, je le trouve très laid, tout comme les scapulettes. S’il ne s’agit pas d’un choix, il ne faut pas accepter que des hommes puissent, chez nous, traiter leurs femmes de cette façon.

Conclusion personnelle, et presque définitive cette fois :

Je me trouvais récemment dans un restaurant avec un vieil ami qui tenait depuis quelque temps à me voir m’exprimer sur l’interdiction du burkini sur les plages de Cannes. Sachant que mon discours, quel qu’il soit, pouvait mener à un conflit qu’il recherchait (l’ami en question n’aimant rien plus que vaincre, dusse-t-il dans ce but redéfinir sans cesse chacun des termes de son argumentation afin de mieux tromper son adversaire), je tentais l’esquive en expliquant que, dans le cadre de Cannes, suite aux événements de Nice, dans le contexte du débat actuel sur l’islam, et prenant en considération l’élément de la liberté des femmes, je pouvais peut-être concevoir le raisonnement du maire de Cannes et ne me joindrai donc pas à l’hallali contre sa décision. Lâche jusqu’au bout, j’allais expliquer qu’il me fallait cependant un peu plus de temps pour établir mon jugement sur ce point et que je n’hésiterai donc pas à critiquer la position de monsieur David Lisnard si mes conclusions …

Il ne m’en laissât pas le temps.

Immédiatement rangé dans le clan des « racistes » et des « bigots » (je le cite), toute argumentation supplémentaire de ma part serait jugée à juste titre (du moins dans l’esprit de mon adversaire soudain), comme irrecevable car provenant d’un suppôt du fascisme et sans doute du diable. Spécialiste momentané de l’islam (il lit Le Monde) mon ami me fustigeait sur mon incompréhension totale du monde arabe (j’y ai vécu douze ans) et me sommait de réviser mes connaissances sur le Coran (que je peux encore lire en arabe, bien que plus lentement qu’il y a 15 ans).

J’avoue que j’ai perdu un ami ce soir là et je suis donc sorti du restaurant. Je risque aujourd’hui d’en perdre d’autres en proposant les conclusions suivantes :

-       Je ne dois pas pouvoir juger autrui en raison de sa foi, mais le dénommé « autrui » ne peut me l’imposer dans son discours ou dans ses actes.

-       Les siècles douloureux de mon Histoire sont des souillures dont mes ancêtres on su se libérer progressivement, et je les respecte et les remercie pour ce qu’ils en ont fait.

-       Le corps de la femme est sacré, tel celui de l’homme, et aucune religion abrahamique ne l’a jamais considéré autrement que comme l’instrument du péché.

-       On ne peut à la fois défendre la liberté des femmes et accepter que certains exigent qu’elles se couvrent de draps.

-       L’islam n’est une religion de tolérance que dans le contexte de la taqiya (la prudence), son but déclaré est bel et bien de convertir le monde.

-       J’emmerde ceux qui jouent aux Chamberlain comme j’emmerde ceux qui ont créé l’insondable banqueroute d’une région du monde qui n’en demandait pas tant pour son pétrole. J’emmerde enfin tous les barbus qui se la pète (littéralement) chez nous et puis ailleurs.

Oserais-je citer Manuel Valls, interviewé dans La Provence du 17 août dernier ?  » le burkini n’est pas une nouvelle gamme de maillots de bains, une mode, c’est la traduction d’un projet politique, d’une contre société, fondée notamment sur l’asservissement de la femme ». Une fois n’est pas coutume, je pense qu’il a raison.

Alors, esprit de Churchill ou bien de Chamberlain ? Faut-il se taire, accepter, se coucher, laisser faire, ce qui revient à accepter toutes les provocations d’une idéologie néfaste ? Ou faut-il plutôt se rendre aux barricades et nous défendre contre l’envahisseur, pourchasser l’ennemi ? Dans les deux cas, les extrémistes auront gagné. Mais si nous choisissons de nous taire aujourd’hui, demain, nous serons bien aux barricades. Si nous acceptons tout et n’importe quoi maintenant, les rats de la haine nous dévoreront bientôt.

Non, la France n’est pas devenue hystérique, elle ne fait que réagir comme elle le fait depuis longtemps : en réfléchissant (un peu), en râlant (beaucoup) et en retournant prendre un pastis avec les copains (ou une limonade si les copains sont musulmans). Je la trouve même sereine face aux quelques désastres qu’elle vient de vivre et les rues de Paris semblent heureuses en ces journées de canicule. Oui, nous devons pouvoir discuter du burkini, librement, être pour, être contre, et pour toutes sortes de raisons ; tant que l’un d’entre nous n’est pas traité par l’autre de raciste bigot, de fasciste islamophobe ou d’islamo-gauchiste. C’est dans ce premier discours que la haine commence et ce discours est terrible en ce qu’il évite toute raison, qu’il détruit tout entendement.

Et si un jour les barricades se lèvent, je sais bien de quel côté, alors, je me rangerai : celui des femmes libres et du monde serein dans lequel elles purent vivre pendant quelques années, depuis la nuit des temps, années que j’ai connues.

 

Introduction

Petit texte qui introduit le premier chapitre du petit essai déjà évoqué et qui attend vos critiques constructives. Il s’agit du chapitre qe j’ai nommé « Aube » et qui a pour ambition de décrire l’invention des dieux par l’homme. Par « constructives », j’entends aussi « acerbes ».

Il lui arrivait parfois, lors de la chasse, de s’arrêter quelques instants pour reprendre son souffle. La proie lui échapperait sans doute, mais il n’en pouvait plus de courir après cette foutue gazelle depuis des heures. Il faisait chaud, il avait soif. Et ce jour-là il s’assit donc sur un gros caillou qui surplombait le torrent qui traversait la forêt. Il ne l’avait jamais vraiment regardé, ce torrent, ni les arbres qui y baignaient leurs racines, ni les oiseaux qui venaient s’y baigner. Ils les avait vus, oui, des centaines de fois, mais regardé, jamais. Mais ce jour-là, et pour la première fois, il se sentit comme extérieur à tout ceci : non plus simple chasseur poursuivant son instinct, mais « individu », c’est à dire capable d’une existence hors de celle des autres êtres. Et donc capable d’observer ces autres êtres. Tous les êtres.

- Le caillou sur lequel je suis assis, l’araignée qui tisse sa toile sur cette branche, l’escargot qui bave sur son chemin, le vent qui souffle dans les herbes, l’herbe, et puis les arbres, et puis la carpe, dans l’eau, et puis le papillon, et puis, et puis…

Et puis lui : extérieur. Capable d’un regard, d’une observation, d’une compréhension…

D’une compréhension ? Pas si sûr. Et c’est bien ce qui nous amène ici : le fait que, depuis ce jour là, notre chasseur-cueilleur n’a toujours pas très bien compris ce qui lui est arrivé au moment où il s’est assis sur son caillou pour se reposer et qu’il s’est mis à regarder le torrent. Des siècles de philosophies, de métaphysiques, de sciences et même de religions l’ont à peine aidé à trouver une réponse à peu près satisfaisante à la question fondamentale qui lui est venue spontanément à ce moment-là, le cul sur son caillou :

- C’est quoi tout ça ?

Une simple question ontologique qui n’allait pas tarder à devenir vraiment métaphysique…

Parce que dès lors qu’il se posait la question du :

- C’est quoi tout ça ?

arriverait le moment où il se poserait la question du :

- C’est quoi, moi ?

« L’animal sait, mais il ne sait pas qu’il sait, disait Teilhard de Chardin, l’homme sait qu’il sait au point qu’il est devenu capable d’utiliser sa propre pensée comme objet de réflexion ». Un vrai programme !

L’embêtant, voyez-vous, c’est que notre chasseur fit rapidement une extrapolation très simple, si simple, si simpliste, qu’elle nous pourrit la vie depuis quelques millénaires :

- Si je suis conscient que l’arbre existe, je ne vois pas de raison de penser que l’arbre n’est pas conscient lui-même de mon existence à moi. L’esprit qui me porte à connaître l’arbre doit donc exister dans l’arbre.

Esprit de l’arbre. Pourquoi ne pas considérer ceci comme le premier pas vers l’invention de Dieu ? Mais j’extrapole.

L’orgueil des croyants

Depuis que j’ai écrit ce petit texte, le débat mentionné a repris de l’ampleur, et sur d’autres terrains. Tant mieux : il est d’une qualité que la fréquentation de ce blog confirme chaque jour et qui dépasse mes rêves les plus fous. Merci de vous sentir bien ici… Je m’y sens bien aussi, grâce à vous tous.


Un long débat s’est instauré sur ce blog, et plus particulièrement sur l’article dédié à Hilary Hahn. Le débat portait sur la foi, la révélation, la religion, l’existence de Dieu, l’orgueil des croyants, la création du monde, etc.

Au sein de 777 commentaires, enjeu d’un pari trés insensé mais bien mené, la liste des sujets abordés est si longue que l’Eglise elle-même n’y retrouverait pas son latin. Je note par ailleurs que ce sont pour la plupart des questions dont l’Eglise plus ou moins catholique et trés apostolique débat depuis près de vingt siécles, avec parfois pour résultat des schismes remarquables. Je note enfin que les dits schismes ont eu pour avantage principal de permettre de poser les questions autrement et de relancer le débat sur des bases nouvelles.

Des questions, donc, furent ici posées, quelques réponses tentées et de mémorables joutes sont venu enrichir ces lieux d’une qualité très noble : la passion. Mais, aprés une lecture détaillée de tout ceci, je reste sur ma faim et je crains de ne pas être le seul. Pire, je crains que d’aucuns ne se soient sentis insultés, dans leur foi ou dans leur raison, par des propos qui n’en avaient pas le but, par des auteurs qui n’en éprouvaient pas le besoin ni l’envie.

Mon intervention est donc nécessaire, non comme ce vieux moine d’un temple tibétain qui aimait voir ses rouges moinillons se chamailler très violemment avant de répandre sur eux sa lumineuse sagesse, mais comme l’un d’entre vous, qui, maître de ces lieux quand même, veut participer au débat tout en le recadrant à sa propre mesure.

J’ai imprimé les nombreuses pages de commentaires qui constituent la trame de cette discussion. J’ai lu, j’ai relu, souligné, souri, gribouillé, raturé, réfléchi, ralé, annoté, et ma conclusion va déplaire à certains : oui, il existe bien un orgueil des croyants ! Et même un orgueil des croyants qui ne croient pas. Et aussi des croyants qui croient ne pas croire, et des non croyants qui croient, et ainsi de suite.

J’avais évoqué dans un autre texte, je crois que c’était l’un de mes tout premiers, les merveilleuses « Identités Meurtrières » d’Amin Maalouf, et je me demande à vous lire si la charte de ce blog ne devrait pas inclure l’obligation d’en connaître les termes. J’ai maintenant la chance de connaître certains d’entre vous personnellement et je connais donc, de visu, votre grande qualité. Mais je n’ai pas reconnu tout le monde ici, sinon dans la richesse de certains arguments. La lecture de Maalouf aurait sans doute évité ce travers.

« Toute certitude se doit de détruire son contraire ». Cette phrase est peut-être de moi, si quelqu’un ne m’a précédé dans cette évidence. Gai-Lulu me pardonnera donc de ce plagiat plus que probable et m’en indiquera sans aucun doute la source, ou bien l’équivalence.

Et c’est bien de cela dont il s’agit : de nos certitudes à tous. Toutes respectables, certaines admirables, mais qui deviennent des poux dès lors qu’elles veulent s’opposer aux certitudes de l’autre. Tschok n’aime pas les religions, soit ! Gai-Lulu aime la logique, merveilleux ! Raph SAIT qu’elle a été touchée par la révélation, mille fois bravo ! Même si elle en doute encore parfois, et c’est d’ailleurs en cela que sa foi reste riche. Elise se sent atteinte dans son intégritéde croyante, défendons-la, corps et âme ! Camille aime Chéri et Sublet de Noyers, tant pis pour nous. Elle croit en Dieu, fermement, tant mieux pour elle !

Vous connaissez tous une grande partie de mon opinion sur la religion, vous savez que, POUR MOI, Dieu est à peu près aussi utile qu’un compas pour tirer une droite ; mais lorsque j’observe la force radieuse de Raph, malgré les déboires qu’elle nous décrit avec beaucoup de pudeur, lorsque je vois le charme de Camille, rayonnante de sa foi et de sa culture, lorsque je lis Elise et l’imagine en train de chanter ses cantiques à un chauffeur de bus tourangeot, alors je ne peux que me réjouir de savoir que d’autres ont trouvé une voie qui leur convient et qu’ils en tirent toute leur force et tout leur rayonnement.

Mais si Camille, Raph ou Elise (ce qu’elles ne feront pas) viennent un jour critiquer, même poliment, mon athéisme, alors, je me lèverai comme un seul homme pour leur crier ma stupéfaction : « Comment ? Vous qui avez réussi tout ceci, qui avez atteint cet amour dont vous parlez si bien ; oui vous, qui me parlez de révélations, de prières et de cantiques, vous en êtes encore à refuser d’autres voies. A réfuter mon choix ? Disparaissez, traitresses, vous m’avez menti ! » .

Ce n’est pas moi que je défendrai alors – je n’ai nul besoin de telles défenses – c’est elles, la force de leur foi.

Dois-je « exliquer » mon athéisme, cher Gai-Lulu ? Lui donner un sens « logique » ? Je ne le crois pas. Je ne peux que tenter de démontrer (Non ! Pas prouver : démontrer.) par mes actes et par mon regard sur le monde, que ce chemin en vaut au moins un autre pour qui veut dépasser la vulgarité de nos petites attentes égoistes. Dois-je faire comme Michel Onfray, et expliquer très médiatiquement que tout le reste n’est que mensonge putréfiant ? Si je le faisais (je ne le ferai pas) alors Camille, Raph ou Elise sauraient, je l’espère, m’envoyer au diable, et je pèse mes mots.

Camille, Elise ou Raph doivent-elles prouver la valeur de leur foi ?

Elles le font par ce qu’elles nous démontrent d’elles. Cela me suffit largement.

Toute la difficultÈ vient du fait que la foi et la raison ne sont que des outils.

Que nous faisons parfois de ces outils le centre vital de notre perception du monde. Que nous estimons devoir, aux seuls fins de préserver ce que nous sommes, nous barricader derrière l’une ou l’autre et monter sur la petite clôture ridicule que nous venons de créer pour hurler toute la gloire de notre piteux héroïsme. J’ai préféré pour ma part rompre ces digues (c’est un jeu dangereux lorsqu’on n’a pas encore appris à reconnaître les fourbes, mais c’est une autre histoire).

Foi et raison sont des outils, des moyens de transport. Rien d’autre. Et l’on peut choisir l’un ou l’autre pour atteindre l’autre rive, tant que l’on en choisit un. L’important n’est pas l’escale finale, mais bien la traversée. L’important n’est pas le but que l’on se fixe, mais la volonté que l’on s’octroie pour atteindre ce but.

Et puis comment connaîtrions-nous le but au début du chemin ?

- Voici où je vais, c’est un endroit …
- Y as-tu dejà été ?
- Non …
- Alors pourquoi tentes-tu de me le décrire ? De l’imposer comme but ?

« Lorsqu’il descendit de la montagne…. ».

Dans Zarathoustra, Niezsche nous parle d’abord d’un retour.

Ne sentez-vous donc pas à quel point ce retour nécessite un premier départ ? Un premier envol ?

Je ne vois pas d’autre fonction pour l’Homme que celle de ce départ, de cette envolée ; et je me prosternerai toujours devant quiconque a décidé de son propre départ, quelque soit le véhicule qu’il ait choisi pour son voyage. Oui, je me prosternerai, le mot n’est pas trop fort. Et c’est bien une joie que j’éprouve à chaque fois que je constate un commencement, que j’en suis le témoin.

« Ne me parlez donc plus de la souffrance ! » dirait Nietzche. Ne me parlez plus de la haine. Ne me parlez plus de la pensée unique ou du politiquement correct, ne me parlez plus de vos combats contre les autres, mais plutôt du combat « vers » vous mêmes.

Et parlez-moi plutôt d’aurores.

Lorsque Trophonius vit « sa propre aurore » après un long séjour souterrain, lorsqu’il eu creusé, sapé, que croyez-vous qu’il fit ?

Il se mit à aimer.

La plus difficile, la plus redoutable, des choses.

Lettre à Laetitia sur la notion de corps et d’âme

Chère Laetitia,

Je lis votre intervention sur le site de Gai-Luron (presquetout…), et découvre donc votre question du corps et de l’âme dans la pensée chrétienne et pré-chrétienne. Vous cherchez « quelques repères » sur ce vaste sujet dans le cadre d’une session sur « La vie après la mort » et « l’au-delà ».

Je serai fidèle à mon habitude un tant soit peu iconoclaste, et ne craignant pas de dépasser sensiblement le cadre du débat d’aumônerie que vous mentionnez, tenterai un début de réponse qui n’aura d’autre ambition que celle, effectivement, de proposer quelques repères.

Ma position d’athée m’empêchera d’aborder la question avec l’empreinte de la foi. La raison ne sera pas non plus d’un grand secours puisque, rien de ce qui suit ne pouvant être observé ni expérimenté, il y manquera l’indispensable réfutabilité ; je crois pourtant que l’ensemble se tient et que votre formation d’anthropologue ne vous éloignera pas trop de mes propres conclusions.

Malgré mon statut de mécréant, je vous propose de partir du quatrième chapitre de la Genèse, celui dans lequel est évoqué le meurtre d’Abel par Caïn. Je note qu’il existe (au moins dans la traduction de la Vulgate par Le Maistre de Saci) une différence fondamentale entre Caïn, le premier fils, « conçu et enfanté » et Abel, son cadet, qui est lui « mis au monde ». J’aimerais ici être un Renan pour étudier cette opposition linguistique avec sa science énorme des écritures, mais je me sens capable de repérer que Caïn est « enfanté » c’est à dire « issu », « séparé », alors qu’Abel est « mis au monde », c’est-à-dire « intégré », « donné » à quelque chose.

Notons par ailleurs que Caïn (Qayin en hébreu : le forgeron – ou bien Qâna : l’acquis / d’après genèse IV.1) est cultivateur sédentaire, qui « extrait » donc les fruits de son travail de la terre, alors qu’Abel (Hebel en hébreu : celui qui passe comme une buée) est pasteur nomade et vit donc plus directement en osmose avec notre univers. On retrouvera ce combat tout au long de la Bible, entre nomades et sédentaires, entre pasteurs et citadins, et c’est peut-être aussi pour marquer déjà cette différence de qualité entre les deux que Dieu refuse l’offrande de Caïn et accepte celle d’Abel. Caïn deviendra le « méchant », qui survivra, et le pauvre Abel, qui avait pourtant la préférence de Dieu, disparaîtra dans la tombe au corbeau (« Dieu envoie un corbeau qui se mit à gratter la terre pour lui montrer comment cacher le cadavre de son frère » – Coran V.31).

On verra progressivement que c’est pour ces raisons que je place le premier (Caïn) comme une métaphore du corps et le second (Abel) comme un symbole de l’âme.

Au début en effet, il y a bien par Caïn l’enfanté, séparation, différenciation : le corps est une substance que la conscience différencie du tout.

Or, cette différenciation est un traumatisme ! Qu’il serait doux en effet de n’être qu’arbre, renaissant chaque printemps, rivière, au cours incessant, ou bien montagne perpétuelle (pour les plus ambitieux…). Faut-il rechercher ailleurs que dans cette blessure initiale tout l’effort d’un Bouddha pour revenir au Tout ? Sans doute et nous y reviendrons.

Pourtant, il n’y a rien à faire, dès que « je » est, « je » est « autre » (je hais ce genre de phrases qui cachent leurs limites et leur incompétence derrière une certaine pédanterie de pseudo érudit, mais nous nous en contenterons pour le moment si vous le voulez bien…).

Cette altérité va me suivre jusqu’au plus profond de moi-même comme LA question à laquelle je dois répondre, avant toutes les autres : Qui suis-je, que fais-je et dans quel état j’erre ? Vaste débat ontologique qui remplira effectivement nos étagères pour les siècles des siècles…

Autre chose intervient : dès lors que je suis « autre », j’observe ce qui m’est « autre », et ceci me fait peur. Orages (oh désespoir !) et vieillesse ennemie (je préfère nettement ce genre de jeux de mots futiles, veuillez m’en excuser…).

Pas si futile que ça pourtant, puisqu’il me permet de situer les deux contextes qui vont sous-tendre le reste de mon propos : étonnement devant la nature et peur de la mort. Peur de la mort surtout.

Mais revenons à nos moutons très immédiats : puisque ce corps est la marque incontestable, expérimentée, de cette altérité, il me faut lui choisir un statut, et je dispose pour cela de trois voies possibles qui peuvent m’octroyer quelque début de réponse :

• La première voie est platonicienne, paulinienne, mahométane : ce corps a l’origine de mon trouble est une horreur, un fardeau, un péché (mieux, la source même des péchés d’après les livres saints du judaïsme, de la chrétienté et de l’islam). Jetons le vite pour rejoindre les jardins de lumière en écoutant du Bach (sans Bach pour les mahométans, mais avec les houris – chacun ses goûts !). J’appelle cette voie la voie des gravillons et déconseille fortement de l’emprunter pieds nus.

• Je qualifierai la seconde voie de bouddhiste (par paresse). Elle se rapproche de la première en ceci qu’elle réfute le corps, mais cette fois ci sans jamais le détester, et n’en fait qu’une enveloppe provisoire dans mon périple du retour ; un retour vers le tout, bien entendu. Pas de désir pour ce corps, mais le respect que l’on doit à celui qui trans-porte mon bilan karmique (j’ai mis volontairement un tiret à trans-porte, pour mieux souligner la notion de transition). J’appelle cette voie la voie des dunes et souhaite beaucoup de souffle à celui qui l’emprunte.

• La troisième voie est évidemment le choix de ceux qui, de Leucippe ou Epicure et ce jusqu’à Montaigne, acceptent ce corps en tant que tel et décident de ne pas le châtier. Pourquoi devrais-je châtier ce don de Dieu diront d’ailleurs certains ? Gloire à la vie, disent-ils et Teilhard de Chardin ira finalement dans ce sens avec sa noosphère. J’appelle cette voie la voie de la rivière, mais préviens de la crue.

Quelle que soit la voie que je choisisse, la mort intervient pourtant vite en tant que confirmation de la différenciation que nous évoquons : le corps, quoi qu’on y fasse, semble bien se « séparer » de la vie à un moment ou à un autre. Se pourrait-il que cette séparation ne soit que la disparition d’une enveloppe et que le contenu retrouve sa nature initiale, primordiale, son intégration au tout ?

J’imagine assez bien l’un de nos joyeux ancêtres du Moustérien (1) observant la mort de son frère, blessé lors d’une chasse préhistorique. (J’ai d’ailleurs décrit cette scène dans des lignes sublimes dont je vous ferai grâce). Il voit bien, ce brave homme, que la main du frère s’amollit, que le visage se ferme, que son frère est mourant. Mais il SAIT tout d’un coup que « quelque chose » de son frère va rester. Il appelle cela « esprit », en attendant mieux, et son cousin d’Albion, toujours précis dans le langage, lui oppose bientôt les concepts de « spirit » et de « ghost »…

Nos anges, les djinns coraniques et autres walkyries aux services des dieux ne sont pas autre chose qu’une réminiscence élaborée de cette idée primitive, évidente et nécessaire : par la mort, je quitte mon état de différencié pour me rapprocher de l’Un, je deviens éternel.

Oui, mais seulement si j’ai été « bon » pendant ma vie (non mais alors !).

Car tant qu’à avoir une idée qui me réconforte (une éternité pour quelque chose de moi), autant qu’elle serve à quelque principe universel (une éthique par exemple ?). Dans ses « Fondements de la métaphysique des mœurs » Kant aura sur un point similaire cette phrase : « Agis comme si la maxime de ton action devait être érigée par ta volonté en loi universelle » ; on peut sans doute l’utiliser ici sans trop s’éloigner du sujet.

C’est ici que se situe la grande différence entre la notion primitive d’esprit, de « spirit » ou de « ghost » et celle de l’âme, très élaborée sur le plan de l’éthique. L’esprit, le « spirit » ou le « ghost » sont morts, mais l’âme est bien vivante.

Plus, elle est un don de Dieu, un pacte qu’il passe avec moi (ou Israël) pour que je puisse revenir à lui, si je ne la corromps pas. Qu’importe la mort d’Abel (souvenez-vous : « celui qui passe comme une buée »), ce qu’il représente est éternel. Quant à Caïn (le corps, le profiteur, le criminel), il pourra se construire toutes les cités hugoliennes (« Bâtissons une ville, et nous la fermerons » / Victor Hugo – La légende des siècles), il pourra tenter de se protéger dans toutes les fosses, sous toutes les voûtes, l’Oeil sera bien dans la tombe et regardera, condamnera, Caïn.

L’âme, partout où elle existe, est « éternelle », « universelle » (en ce sens qu’elle correspond au Tout, à l’Universel), c’est ce qui la rapproche de Dieu, c’est par elle que nous pouvons nous en approcher, c’est ce qui la sépare du corps.

On comprend mieux maintenant les âpres discussions de la controverse de Valladolid : des sauvages peuvent-ils avoir une âme ? Dieu a-t-il pu passer ce pacte avec ces choses si différentes ? Les indiens, tout comme les tropis de Vercors dans « Les animaux dénaturés » (titre qui constitue d’ailleurs comme un rappel à ce que j’écris dans ces lignes) seront sauvés par leur conscience de la mort (puis exploités dans les deux cas, mais c’est une autre histoire).

PS. C’est avec un tel discours que je passe parfois pour un bon chrétien chez les chrétiens, que je suis passé pour un musulman presque acceptable auprès de certains de mes amis d’Orient, et que je pourrais discuter sans heurts avec un chercheur de nirvana ; je suis pourtant bel et bien mécréant et toutes ces histoires ne sont pour moi que tromperies. Il n’en reste pas moins que le concept existe, qu’il est très méritoire et vaut, en tous les cas, la peine d’être étudié avec un respect mérité.

PPS. Ce texte est un peu long, il est pourtant très incomplet ; souhaitons que le débat qu’il instaurera peut-être, enrichi par quelque philosophe, théologien, anthropologue, ou par quelque passant, puisse en compléter les lacunes et corriger ses fautes. (Là, je me la joue comme Puck à la fin des « Songes d’une nuit d’été », qui s’excuse de son art en sachant qu’il vient d’être génial (2), mais je sais que ceux qui me connaissent m’en excuseront un peu).

(1) D’après Mircea Eliade, (Histoire des croyances et des idées religieuses – Tome 1 – P.19 – Payot 1978). on peut parler de sépultures avec certitude à partir du Moustérien (70 000-50 000 avant J.C). Des études plus récentes semblent indiquer que les premières tombes datent de 100 000 ans.

(2) « Ombres que nous sommes, si nous avons déplu, figurez-vous seulement que vous n’avait fait qu’un mauvais somme » (Fin de l’Acte V)

La religion, c’est de la bombe !

Hasard des alertes Google sur la religion, je tombe sur cet article de l’agence de presse russe « Novosti », occasion pour moi de nourrir un peu mon blog d’autres remarques affligeantes :

« MOSCOU, 1er février – RIA Novosti. La religion chrétienne orthodoxe et le nucléaire renforcent l’Etat russe et la sécurité du pays, a déclaré Vladimir Poutine, répondant jeudi lors de sa conférence de presse annuelle au Kremlin à la question d’une journaliste de la ville de Sarov.…
… »Ces deux thèmes sont très étroitement liés entre eux, car tant la confession traditionnelle en Fédération de Russie que le bouclier nucléaire du pays sont justement des composantes qui confortent l’Etat russe et créent des conditions nécessaires pour garantir la sécurité intérieure et extérieure du pays. D’où une conclusion explicite s’impose d’elle-même sur l’attitude dont l’Etat doit faire preuve, tant aujourd’hui qu’à l’avenir, face à l’un et à l’autre », a souligné Vladimir Poutine. »

T’as raison Vlad, la religion et le nuclèaire ça va bien ensemble (si ce n’est que le nucléaire n’a pas encore autant de morts à son actif que la religion, mais bon, d’après certains ça devrait pas tarder). En plus, tes prédecesseurs parlaient de la première comme d’un opium du peuple, et vu le contexte nationaliste dans lequel tu situes le nuclèaire, on s’y retrouve assez bien.

Bon j’arrête là et je retourne à des activités moins futiles et plus urgentes.

La source ! J’allais oublier la source :

http://fr.rian.ru/russia/20070201/60057390.html

On peut se tromper

« Ne vous laissez pas séduire. Soyez prudent. Le Diable est à l’affut sous les noms de Chrétiens et d’Evangéliques, et vous êtes sa proie »

Coran ?

Non, exergue du site du faramineux Jean LeDuc, site dédié à sa « contre offensive sur le faux christianisme ».

La politique rédactionnelle de ce blog (décidée pour et par moi et sans concertation avec quiconque – c’est beau la vie !) m’incite à ne pas continuer dans les citations du gugusse;

« O fils d’Adam ! Que le Démon ne vous tente pas comme au jour où il a fait sortir vos parents du Paradis »

Jean LeDuc ?

Non, (je viens de dire que je ne le citerai plus, mais vous n’écoutez jamais) : Coran VII – 27

Bon, j’arrête et je retourne à l’écoute du très merveilleux disque de Dominique Fillon, « Détours », un Jazz aux airs latinos qui vous mettra de bonne humeur pour toute la journée. A acheter, c’est un copain (et ma charte éditoriale ne m’interdit pas la pub).

PS. J’hésite à vous donner l’url, mais il paraît qu’il faut citer ses sources. Tant pis, vous l’aurez voulu :

http://www1.webng.com/fauxchristianisme/presentation.html

Barbares extérieurs ?

Selon Expression-publique.com (1) – qui publie un sondage sur les grandes religions – 47% des sondés auraient une opinion « très mauvaise » de l’Islam et 31% en aurait une image « plutôt mauvaise », soit 78% d’opinions négatives.

On dira bien sûr que le Français est raciste, xénophobe et que l’islamophobie fait rage, ce qui n’est peut-être pas entièrement faux … Mais je note dans le même sondage que 48% des sondés ont une opinion « très bonne » ou « plutôt bonne » de la religion juive, ce qui retire un certain poids à cette critique trop entendue…

(Pour la religion catholique, les résultats sont respectivement 13% et 26%, contre 56% d’opinions positives)

Les sondages sont dangereux, on le sait ; 6261 avis, avec ou sans considération de répartition socioculturelle, sont une base peu crédible d’une analyse exhaustive de la situation et je me garderai bien de tirer des conclusions aussi péremptoires que Résiliencetv (2) quant à la « nécessité d’une fermeté absolue vis-à-vis de l’Islam », même accompagnée d’une « certaine pédagogie » ; approche que je considère un tant soit peu paternaliste.

La question reste pourtant inévitable, au-delà de chiffres toujours discutables, l’Islam attire la haine et sa mauvaise image dépasse toute référence à l’intégrisme pour se faufiler jusqu’à nos chers comptoirs de cafés du commerce. Peut-on imaginer pourquoi ?

Sans doute faut-il dire avant d’aller plus loin que j’ai étudié l’arabe à l’Université Américaine du Caire ; que quelques doctes musulmans d’Egypte et du Liban ont bien voulu partager avec moi une partie de leur immense connaissance du Coran et m’introduire aux hadiths authentiques (sahih) d’El Bukhari, ainsi qu’à d’autres moins « solides », voire carrément « mardud »(irrecevables) – l’équivalent ou presque de nos évangiles apocryphes ; que, bien que français et athée, j’ai longtemps porté le keffieh palestinien dans les rues de Jeddah ou de Kuwait City ; que je préfère Naguib Mahfouz ou Ibn Khaldoun à Michel Houellebecque ; et que tout ceci ne fait pas de moi, a priori, un islamophobe anti-arabe primaire. Mais assez parlé de moi…

Pourquoi donc sont-ils donc tant haïs mes chers amis d’Orient ? Pourquoi ais-je donc si envie de leur dire « Merde » dès qu’ils me parlent du Coran ou de « Jihad interne » ? Parce que je suis athée ? Loin s’en faut, et je n’ai pas cette réaction avec la plupart des catholiques, même de gauche…Quant à mes amis juifs, je les questionne trop souvent sur Maimonide pour qu’ils osent me saouler avec les mitzvots ou la circoncision.

Sans aller jusqu’à Sirius, il me faut, pour comprendre, observer cette « réticence » générale plutôt que d’y participer, tenter de m’éloigner de ma pensée toute faite. Est-ce seulement possible ?

Je citais dans un post récent le merveilleux Toynbee ; j’aurais pu citer William Durant, auteur d’une non moins volumineuse « Histoire des Civilisations ». Leurs thèses sont différentes, mais elles ne se contredisent pas sur un point fondamental : les civilisations sont éphémères ! Mieux, elles DOIVENT être éphémères, semblent-ils dire tous deux.

Ils ont raison. Non que l’on soit dans un contexte perpétuel de « Choc de Civilisations » (à la Huntington), mais parce que l’humanité ne possède pas à ce jour toutes les réponses à toutes les questions, et que la quête ne peut donc s’arrêter. C’est pour cela que la « fin de l’histoire » imaginée par les Hegel, Kojève, Marx, ou autres Fukuyama, ne peut être vraie. Elle ne tient pas debout.

Nous sommes sur une bicyclette.

L’aura-t-elle jamais cette réponse définitive ? Sans doute pas, malgré les espoirs « omégaesques » d’un Teilhard de Chardin, ou les 512 questions / réponses de sa sainteté Thomas d’Aquin (que je cite un peu trop souvent ces temps-ci). Mais elle la cherche cette réponse ! Elle est prête à perdre la vie (certains même la raison !) pour cette seule réponse.

Il m’apparaît même comme fondamental qu’elle continue à la chercher. Comme pour Deniau (voir mon post du 25 janvier) l’important n’est pas l’escale, mais bien la traversée. Je ne suis donc pas de ceux qui défendront ad vitam aeternam (que je ne vivrai pas) le terrible système occidental de la démocratie et du libéralisme. Mais je suis de ceux, qui, à l’instar du vieux Churchill, diront que, pour le moment tout du moins, il n’existe pas d’autres possibles.

La civilisation occidentale, si elle existe, repose sur ces deux idées pas totalement réalistes que sont la Liberté et la Démocratie. Belles idées des lumières et d’avant qui permettent tout du moins à ceux qui le désirent d’aller un peu plus loin que ce que dit le chef. Terrible responsabilité que ce stade adulte dans lequel tout ne repose plus sur la seule décision du père !

L’Occident se croit adulte et n’est pas loin de l’être pour les plus optimistes. L’Orient (et l’Occident) de l’Islam semble ne pas vouloir accepter cette énorme responsabilité d’Homme, et l’expérience qu’il ressent au plus profond de lui-même quant aux relations avec ledit monde libre et libéral ne peut l’aider à y souscrire.

Oui, je citerai pour sa défense les croisades, le colonialisme, et même Coca-Cola, Kentucky Fried Chicken ou la pornographie…

Non je ne tomberai pas dans l’absurde repentance sur tous ces sujets-là (quoique KFC ….), mais je comprends l’attitude du jeune arabo ou non-arabo-musulman pour qui notre très joli monde n’est pas la panacée, surtout lorsqu’il en est exclu.

Mais revenons à Toynbee et à ses « barbares extérieurs ». Malgré le terme employé, il ne s’agit pas pour Toynbee d’opposer quelques furieux sauvages au monde propret et distingué qu’ils souhaiteraient détruire. Il s’agit au contraire d’éléments extérieurs capables d’apporter de nouvelles dynamiques à la civilisation moribonde et c’est par dérision pour l’ancienne bourgeoisie que Toynbee semble utiliser ces mots. Cet angle conforte bigrement cette « France multiple » avec laquelle on nous assomme, mais justifie réellement l’apport du sang nouveau et du nouvel esprit ; plutôt que de nous ennuyer béatement avec une nécessaire acceptation de la polychromie.

Les « barbares extérieurs » seraient donc un atout pour Toynbee. Je souscris à sa thèse et ne la limite pas à notre équipe de foot.

Mais Toynbee parle de barbares progressistes ! Des barbares qui acceptent dans un premier temps le système qu’ils intègrent (le mot est dit), puis en constatent les failles dès lors qu’ils ne peuvent en jouir en égaux, tentent enfin de l’adapter au fait de leur présence et le font progresser. Durant ne décrit pas autre chose lorsqu’il raconte le passage de la Grèce à Rome, passage dans lequel les Romains tiendraient lieu de barbares.

On est clairement loin de ce scénario dans le cas de l’Islam : marquer sa différence, son identité, par tous les moyens possibles ; clamer la supériorité manifeste de sa loi, de son Dieu, refuser tout symbole de l’autre, le vouer à la géhenne, et puis se dire victime, en tout lieu et en tout temps, le tout en clamant haut et fort sa propre tolérance, qu’il faut prendre pour exemple. « Rompre, c’est avant tout changer et non améliorer » dirait ici notre cher Gai Luron.

Oui, je sais qu’il existe une très large majorité de musulmans qui ne fait rien de tout cela. Mais ce sont bien ceux qui le font dont on parle et ceux-là sont partout.

Je ne sais pas si le Prophète Mohammed n’était qu’un guerrier polygame tel que le décrit Redecker. Je ne le crois pas vraiment, mais peu m’importe après tout.

Je sais par contre que le Coran n’est pas un livre de paix, malgré toute la miséricorde d’Allah, confirmée à longueur de sourates.

Le Coran ne peut être considéré comme pacifiste et tolérant par quelqu’un qui le lit et les musulmans eux-mêmes paraissent souvent n’en retenir que son aspect guerrier.

Je sais surtout qu’un livre, même celui-là, est surtout ce qu’en font ses lecteurs et ce qu’en font les barbus n’en fait pas un exemple.

Ils veulent détruire la civilisation de l’occident ? Elle n’est pas éternelle. Ils veulent la convertir à leur Vérité ? Elle non plus n’est pas éternelle.

Mais c’est parce que leur proposition s’oppose totalement aux deux concepts de liberté et de démocratie et place l’homme (et la femme) dans une servitude à l’égard de l’indicible que je ne peux, moi Haliotoïde, souscrire à leur proposition.

Comprends-moi bien, Stéphanie, qui t’exprime sur le blog de Gai Luron et échange avec ta sœur « musulmanne-française » (sic) des propos qui mélangent un peu tout, si tu veux porter le voile à l’école ou au travail par souci de TON identité, je serais finalement le premier à venir te soutenir, te défendre, mais si je soupçonne un seul instant que ton père, ton frère, ton oncle ou ton cousin t’y pousse ou t’y contraint, si je pense que ton interprétation du Livre se limite à tes complexes d’adolescente, alors j’aimerais, si je ne respectais pas autant ta pudeur et ton identité de femme, oui, j’aimerais vraiment être celui qui le déchirera le premier.

Nous sommes sur une bicyclette ais-je dit.
Et sur une bicyclette, il convient de pédaler.
Si l’on s’arrête, on tombe.
Sauf dans les descentes …

(1) http://www.expression-publique.com
(2) http://www.resiliencetv.fr

Beauté divine !

Existe-t-il une comparaison possible de la notion du beau tel qu’il est perçu dans les trois religions du livre ? C’est la question que pose Adrien sur le blog de « Gai Luron » que l’on trouvera sur la liste de mes liens préférés (Presque rien sur presque tout).

La question étonne d’abords : Tiens, je n’y avais jamais vraiment pensé ! Puis elle énerve rapidement : Par quel bout vais-je bien pouvoir la prendre celle-là ? Les sources ? Une recherche par mots clés dans la Bible ou le Coran et même ailleurs, dans les Upanishad, ne donne pas grand-chose. Le mot apparaît bien sûr, mais aucune des premières occurrences trouvées ne permet de dégager un début de réponse; L’herméneutique ne suffit pas c’est clair et même un ultime recours à la « Somme Théologique » de Thomas d’Aquin n’apporte rien ; aucune des 512 questions ne porte sur le sujet, ni même ne semble s’en approcher !

Alors on désespère ! La seule réponse possible semble bien être : Adrien, tu nous as collés sur ce coup-là !

Mais la nuit porte conseil et c’est en retournant la question au cours de l’insomnie de 4 H que l’on s’aperçoit que l’on peut, peut-être, tenter un début de réponse : Comment Dieu est-il perçu par les religions du livre (et par les autres) ? Cette perception peut-elle définir la relation au beau ?

Ceci n’est qu’un début de réponse et il conviendrait effectivement à un théologien spécialiste d’y consacrer sa vie, comme le souligne Elise Pellerin. J’espère pourtant réussir à agrémenter le débat de quelques éléments clés sur lesquels d’autres pourront rebondir (ou bondir !).

Partons, chronologiquement, du judaïsme. Considérons que l’une des caractéristiques du divin est ici d’être totalement inexprimable. Le nom même de Dieu est imprononçable et aucune représentation directe ne peut en être faite. Considérons ensuite que l’on parle ici plus de jugement dernier que de paradis et nous voyons que les expressions possibles du beau par le sacré ne peuvent être que limitées. Point de synagogues somptueuses, d’art sacré majestueux, d’Hymnes beethoveniens, de Magnificat vivaldiens, de Te Deum berlioziens. L’expression du sacré est sobre, simple, et les Tefillin ne sont pas à proprement parler des objets d’art … Les seules décorations sont tout entières dédiées au Livre, pris comme seule manifestation du divin accessible aux humains. Est-ce par réaction que le beau profane devient fondamental ? On pourrait le penser en constatant l’importance de la musique pour la communauté juive. On en devient presque certain lorsque l’on constate que l’idée d’une Jérusalem terrestre sous-tend toute la démarche quotidienne du juif orthodoxe : l’art, le beau devient ici festif, comme dans l’attente de quelque chose qui va bientôt survenir. Chants, rythmes, danses, poésies : tous profanes à ma connaissance, et comme remplis d’une joie que l’on veut immédiate. Et puis ce résultat paradoxal : c’est dans cette religion profondément basée sur la crainte de Dieu que l’on trouve parfois l’expression la plus joyeuse de la beauté.

Puis vient le Christianisme. Changement radical que cet homme-Dieu, que ce Dieu fait homme ! La beauté céleste, ultime, est enfin accessible, le sacré est en face ! L’art s’en ressent, évidemment. Et l’opposition avec le judaïsme est évidente : on construit des cathédrales, on peint la Bible, la mort passe en musique dans des requiems sublimes. A tel point qu’au début tout du moins, il n’existe plus d’art que sacré et que toute référence au profane est vouée aux gémonies. Non, il n’existe de beau que dans le divin, l’énorme, le magnifique. « Rendons gloire à Dieu » semble devenir l’obsession de l’artiste, le leitmotiv des mécènes, leur droit de passage vers le paradis Cette frénésie sainte aura tout du moins l’avantage de créer des écoles, des techniques, qui, en se « profanisant » progressivement aboutiront aux richesses de l’art occidental tel qu’on le connaît.

Retour à plus de sévérité avec l’Islam. Ce Dieu fait homme du christianisme apparaît comme incompatible avec la nécessité politique d’une soumission totale à la loi divine. Dieu ne peut être représenté, il est indicible, unique, parfait. L’Islam est donc iconoclaste. Mais pas complètement ! Autour du Coran se crêt un art, élaboré avec passion : calligraphie, enluminures, litanies, les écoles foisonnent pour créer les maîtres capables de rendre hommage au Texte. Puis viennent les architectes, les graveurs, les maîtres de la céramique, de la taille du marbre : tous unis dans la construction de mosquées de plus en plus belles, de plus en plus riches, que l’on construit autour du Coran, comme un écrin. L’art est donc divin, sacré, essentiellement, et malgré tout. Le paradoxe sera évident pour Abd el Wahab, qui voudra revenir à plus de simplicité, et l’on citait autrefois à Riyadh l’histoire de ce Muezzin dont la voix, suave comme celle d’un rossignol gavé de miel, cristalline comme mille sources du paradis, était si séduisante à l’oreille des femmes qu’il fallut le soustraire à son poste.

Dernier détour vers les « religions » asiatiques, hindouisme, bouddhisme, bouddhisme zen surtout. Le beau est ici, devant nous, à chaque pas dans la nature. Simplicité de la représentation, pureté, symbolisation poussée à l’extrême dans les mandalas ou les jardins japonais. Erotisme latent (ou moins latent !) presque partout : idée du cycle, de la reproduction, de la vie, peu d’eschatologie dans l’art, donc.

Incomplet ? Oui bien sûr, j’aurais pu opposer l’art roman ou les iconoclastes à ma thèse sur le christianisme, parler des grands poètes arabes, profanes pour la plupart, mais souvent venus de la Jahiliya. Remarquer que l’art tibétain n’est pas le plus simple des arts, loin s’en faut. Mais mon propos n’était pas d’être exhaustif, mon propos était d’ouvrir le débat.

Et puis d’aider Adrien à avoir une bonne note…

Bonne chance donc à Adrien !

Profession de foi (?)

La lamentable proposition de toutes les religions : abandonner toute forme de raison pour une promesse fabuleuse ; croire en la vie éternelle plutôt qu’en la richesse des temps. Ignorer pour connaître !

« C’est Dieu qui a mis au cœur de l’homme le désir de connaître la vérité » dit l’encyclique de Jean-Paul II « Fides et Ratio », dès la bénédiction. Mais il s’agit de « LE connaître lui-même » et l’église s’octroie ici rapidement « le don de vérité » qu’elle date inévitablement du Mystère pascal (Introduction § 2). Et le Coran de renchérir « La Vérité vient de ton Seigneur, ne sois pas au nombre de ceux qui doutent » (Coran II, 147) ; la Vérité est donc tout incluse dans le Coran ; lex orandi et CQFD !

Benoît XVI a beau jeu de noter, créant ainsi la fameuse controverse de Ratisbonne, la différence entre une chrétienté pour laquelle « ne pas agir selon la raison est contraire à la nature de Dieu » et un islam dans lequel « la volonté de Dieu n’est liée à aucune catégorie humaine, pas même celle de la raison » lorsqu’il faut attendre plus de trois siècles pour que son prédécesseur reconnaisse la grandeur d’un Galilée (1662-1992). La seule différence entre la chrétienté et l’islam sur le sujet de la raison et du savoir est bien que la chrétienté a été forcée de dépasser le stade de son adolescence révolutionnaire, catholique (c’est-à-dire « universelle ») et donc prosélyte, pour s’adapter progressivement aux évidences.

« La science, disait Einstein, n’a eu de cesse de repousser la porte derrière laquelle Dieu était caché ». Mais je ne vois aucun Dieu nécessaire derrière la cause première et comme le Marquis de Laplace, « n’ai nul besoin de cette hypothèse » pour répondre à la question du sens, ni ne vois en quoi cette hypothèse serait nécessaire au respect d’une éthique.

Sens et éthique, les mots sont dits ! Car il s’agit bien de cela n’est-ce pas ? Donner un sens aux indicibles : l’origine, la mort, l’infini, le mal, et justifier d’une approche commune, non personnelle, aux réponses données.

Mais qu’est-il besoin d’un Dieu, transcendant ou immanent, pour répondre à ces questions ? Un simple regard par la fenêtre, s’il est plein de passion, de tendresse, suffit bien largement !

Ce n’est pourtant pas Dieu que je récuse en premier lieu. Car si l’idée de Dieu a comblé un seul homme, alors l’idée de Dieu mérite, doit, être respectée. Qui suis-je pour tenter de convaincre celui qui croit que son espérance n’est que balivernes et sublimes billevesées ? Pourquoi m’y essayer ? Prouver la supériorité de ma raison bienheureuse sur sa très sainte foi ? Mais ce n’est pas en luttant puérilement et en vain contre une supputation que je prouverai mon discernement, c’est au contraire en allant au bout de mon propre jugement, en luttant constamment contre mes certitudes hâtives, toutes mes certitudes.

Et donc en réfutant tout ce qui tente de me les imposer…

Ce n’est pas Dieu ni son fidèle qu’il faut combattre, c’est tout ce qui se place entre les deux. Mais je laisserai même ce combat aux maîtres d’armes de la rhétorique savante … Les Voltaire, Feuerbach, Comte-Sponville, ou bien Michel Onfray ont pour cela des armes et des talents que je ne possède pas, ni ne recherche.

Dépasser les combats, aller au-delà des « identités meurtrières », comme le conseille Amin Malouf dans son œuvre éponyme. Et, sans oublier l’autre, se concentrer sur soi, sur son chemin.

Approche bouddhiste ? Ah non ! …




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